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C’est en 2024 que Sarah Burton a pris ses fonctions de directrice artistique de la maison Givenchy. Avec pour mission de piloter les collections féminines, mais aussi masculines. Pourtant, il aura fallu attendre la Fashion Week de Paris 2026 pour que Givenchy organise enfin une présentation de sa collection Homme. Pas de défilé donc, et pourtant cette première véritable prise de parole autour du vestiaire masculin constitue bel et bien un tournant majeur dans la stratégie de la maison. Car elle affirme les ambitions de Sarah Burton pour sa ligne masculine.
Givenchy Homme Printemps-Eté 2027 : une collection de la cohérence plutôt que de l’effet
Après 26 ans passés chez McQueen, Sarah Burton connaît tous les secrets du tailoring, particulièrement quand il s’agit du vestiaire masculin. Depuis son arrivée chez Givenchy, elle a focalisé son attention sur les collections féminines. Mais en parallèle, plus discrètement, elle a entamé un travail de refonte du vestiaire masculin de la maison parisienne. Et cette première présentation officielle est l’occasion d’en mesurer les effets.
Sarah Burton construit ici un vestiaire où le tailoring demeure la colonne vertébrale de la collection. Les costumes noirs aux proportions allongées, les longs manteaux et les pantalons très amples composent une silhouette calme, à rebours du jeu des tendances. Les volumes restent maîtrisés, et ils refusent toute démonstration spectaculaire.

Cette retenue est régulièrement interrompue par un travail décoratif beaucoup plus sensible, où l’on reconnaît davantage la personnalité de Sarah Burton. Les broderies florales, les bombers richement ornés, les cuirs brodés ou encore certains manteaux jacquard apportent une dimension artisanale qui rappelle l’importance du savoir-faire dans l’identité historique de Givenchy. La collection ne présente pas une masculinité conquérante. Elle propose au contraire une silhouette plus fragile, plus romantique, où les fleurs viennent dialoguer avec la rigueur de la coupe sans jamais basculer dans le costume de scène.

Une collection, mais aussi une prise de parole très attendue
Il aura donc fallu attendre deux ans avant de voir Givenchy de Sarah Burton prendre la parole autour d’une collection masculine. En parallèle de la présentation, la maison a d’ailleurs dévoilé les clichés de sa nouvelle campagne de communication masculine. Un timing parfaitement maîtrisé qui en dit long : oui, Givenchy est bien décidée à remettre l’Homme à l’honneur.
Et il s’agit là d’un mouvement de fond. Car depuis la crise sanitaire, les maisons de luxe ont globalement revalorisé leurs collections masculines. Une décision fondée sur une double réalité économique : la croissance des ventes dans le vestiaire masculin, et le ralentissement côté féminin. Une réalité culturelle aussi, puisque les comportements d’achats ont évolué. Et la circulation des pièces entre collections féminine et masculine encourage une approche globale de la proposition esthétique.
Givenchy : revendiquer sa singularité pour exister chez LVMH
Ce serait facile de résumer l’enjeu de la nouvelle collection Givenchy Homme en termes purement commerciaux. Mais Sarah Burton doit aussi composer avec un environnement médiatique plus complexe que ce qu’elle a pur connaître durant son long mandat chez McQueen. Dans sa précédente maison, elle était l’héritière naturelle d’Alexander McQueen. Un bras droit devenue gardienne de la mémoire et d’un esprit couture subtilement frondeur. La créatrice britannique jouit aussi du respect de ses pairs ainsi que d’une crédibilité indiscutable dans l’univers de la couture.
Autant d’atouts qui sont pourtant bien maigres à l’heure où l’industrie de la mode est devenue si dépendante de la viralité social-média pour assurer son rayonnement et consolider son autorité culturelle. Ainsi, au sein de l’empire LVMH, Sarah Burton se retrouve à la tête maison en concurrence avec les poids lourds de son secteurs. Difficile de rivaliser avec la puissance médiatique de Pharrell Williams chez Louis Vuitton. Chez Dior, Jonathan Anderson dispose d’un capital intellectuel et culturel qui dépasse largement la mode. Du côté de Celine, Michael Rider a hérité d’une maison au capital culturel considérable hérité de l’ère Hedi Slimane.
Dans cet écosystème extrêmement concurrentiel, le Givenchy de Sarah Burton reste relativement discret. Et l’enjeu de la maison, pour les années à venir, est indubitablement de mieux se faire entendre. Cette première présentation de la collection Homme prouve que la maison entend désormais occuper davantage le terrain. Certes, Givenchy ne pourra probablement pas rivaliser sur le terrain du spectaculaire. Mais elle peut convaincre sur celui de la cohérence et de la rigueur esthétique.
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