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Après avoir traversé une grave crise financière et des luttes internes pour sa gouvernance, la maison Mulberry a défilé le week-end dernier lors de la Fashion Week de Londres. Un retour sur les podiums après plusieurs années d’absence qui signe aussi la première collection par Christopher Kane. Le défi du créateur britannique ? Reconstruire la désirabilité de la marque en renouant avec le prêt-à-porter, sans pour autant s’éloigner du cœur de métier historique du maroquinier.
Notre décryptage du défilé Mulberry
Les trois premières silhouettes donnent immédiatement le ton : le cuir est le fil conducteur de cette nouvelle collection Mulberry. Après avoir stoppé le prêt-à-porter suite à la pandémie, la maison britannique revient sur les podiums avec une collection qui décline les fondamentaux de son identité de maroquinier historique. Pour preuve : les trois premières silhouettes ne se contentent pas de décliner le cuir en manteau, jupe et tailleur. Elles dévoilent une découpe qui fait ouvertement référence au rabat du sac Bayswater, le modèle iconique de Mulberry.

Christopher Kane, habitué à des propositions plus clivantes, conserve ici l’esprit ludique qui a fait sa marque de fabrique. Mais il atténue son propos et le recentre sur la dimension patrimoniale de la maison Mulberry. Le cuir habille presque toutes les silhouettes. La maroquinerie est bien présente. Et le monochrome domine, dans une palette de couleurs sobres.
Le vestiaire se structure dans un esprit minimaliste, fait de contraste entre les matières, notamment entre le cuir et la laine. Les teintes sont le plus souvent naturelles : gris, noir, rouge, marron et beige. Et cette proposition intemporelle n’est pas sans rappeler le travail de Martin Margiela durant son mandat à la tête des collections Hermès. Le propos de Christopher Kane est clair : Mulberry ne se positionne pas comme une maison dépendantes des tendances. Et son vestiaire très lisible, entre daywear et quelques tenues de soirées, vise à séduire une clientèle exigeante, adepte d’un Quiet Luxury moins intellectuel, plus émotionnel.
Mulberry en 2026
Après les années noires, 2026 est l’année du retour gagnant pour Mulberry. Le bilan de l’exercice fiscal 2026 clos le 28 mars dernier montre les premiers signes de reprise. Et la stratégie de redressement « Back to the Mulberry Spirit » initiée par le nouveau CEO, Andrea Baldo, commence à porter ses fruits. Pour preuve, la maison a enregistré une hausse de +4% de son chiffre d’affaires. Elle a aussi considérablement réduit ses pertes, passant d’un déficit abyssal de 24,1 millions de livres l’année précédente à une perte de 8 millions de livres. La marge brute a même grimpé à 71% grâce à la nouvelle stratégie tarifaire (fin des promotions). Encore mieux : sur le premier semestre 2026, Mulberry a connu une croissance de +23% de ses ventes.
Toutefois, la marque britannique doit encore faire face aux luttes internes autour de sa gouvernance. Les bons résultats financiers semblent avoir temporairement apaisé le conflit ouvert entre Challice, qui détient 56% de l’entreprise, et le groupe Frasers (37% des parts). En cause ? Deux visions diamétralement opposées du positionnement que Mulberry doit adopter. Challice, contrôlé par le couple de milliardaires singapouriens Christina et Ong Beng Seng, entend conserver le positionnement de marque patrimoniale de Mulberry. Une maison d’artisanat, indépendante, qui accepte une croissance plus lente que ses concurrents. Mais le groupe Frasers s’est ouvertement inquiété du manque de performance commerciale des dernières années, du fait d’un positionnement jugé peu pertinent.
Le point culminant de la crise, fin 2024, a vu Frasers lancer une offre d’achat hostile de 111 millions de livres. Sans succès toutefois. Durant l’été 2025, Mulberry a ensuite effectué une levée de fonds d’un montant de 20 millions de livres. L’arrivée de Christopher Kane, début 2026, comme nouveau directeur artistique doit donc permettre à la marque de clarifier son positionnement. Et retrouver la traction commerciale qui tranchera une fois pour toute les dissensions autour de sa gouvernance.

Les enjeux business du défilé Mulberry Printemps-Eté 2027
La première collection de Christopher Kane pour Mulberry devait donc répondre à plusieurs enjeux. D’un point de vue d’image de marque, Mulberry devait faire son retour à la Fashion Week de Londres pour s’inscrire à nouveau dans la conversation mode. Avec en creux l’objectif de redonner plus de visibilité à son offre de maroquinerie.
Commercialement, Mulberry doit aussi retrouver sa place dans l’écosystème du prêt-à-porter haut de gamme britannique. Alors que Burberry affiche une croissance constante et que Barbour bénéficie d’un retour en grâce, Mulberry souhaite profiter de cette vogue pour les marques patrimoniales.
Mulberry a longtemps souffert d’être trop chère pour être Coach, et pas assez exclusive pour devenir le Hermès britannique. En 2026, la marque assume à nouveau son rôle de maroquinier d’excellence, avec une production made in UK revendiquée dans ses campagnes. Et le cuir devient la colonne vertébrale de sa stratégie de relance jusque dans la nouvelle collection de prêt-à-porter. En s’inspirant d’une esthétique sobre, Christopher Kane souhaite éloigner définitivement Mulberry du middle-market. Il assume un vestiaire sobre pour ancrer la marque dans l’univers du luxe. Un vrai retour aux fondamentaux.
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