|
|
|
|
Les résultats financiers publiés par Valentino pour l’exercice 2025 confirment ce que le marché pressentait depuis plusieurs mois. La maison italienne, dont le fondateur est décédé il y a quelques mois, n’est plus confrontée à un simple ralentissement conjoncturel. Mais elle est désormais exposée à une véritable phase de reconstruction. Derrière la baisse du chiffre d’affaires se dessine une entreprise dont la rentabilité s’est fortement détériorée, dont les besoins de financement augmentent et dont l’avenir dépend autant de son redressement créatif que de la capacité de ses actionnaires à soutenir la transition.
Le chiffre d’affaires de Valentino a reculé de 15 % en 2025, à 1,12 milliard d’euros. Plus révélateur encore, l’EBITDA a chuté de 41 %, ramené à 174 millions d’euros, tandis que le résultat d’exploitation est passé d’un bénéfice de 31 millions d’euros à une perte de 103 millions. Et la dette nette atteint désormais 472 millions d’euros, contre 377 millions un an auparavant. Sans réelle surprise quand la croissance ralentit, la rentabilité de la maison se contracte beaucoup plus rapidement que les ventes.
Le luxe reste une industrie de coûts fixes
Contrairement aux idées reçues, les grandes maisons disposent d’une flexibilité limitée lorsque la demande faiblit. Les loyers des emplacements premium, les ateliers, les équipes créatives, les campagnes de communication et les investissements dans le réseau de distribution continuent de peser sur les comptes indépendamment du volume de ventes.
Dans le cas de Valentino, la chute de l’EBITDA est donc plus instructive que celle du chiffre d’affaires. Une baisse de 15 % des revenus qui entraîne une contraction de plus de 40 % du résultat opérationnel avant amortissements indique que le levier opérationnel joue désormais dans le mauvais sens. Chaque euro de chiffre d’affaires perdu détériore davantage la rentabilité.
Pour la maison italienne, ce phénomène est accentué par le recul de la maroquinerie et de la chaussure, deux catégories historiquement très profitables pour les maisons de luxe. Les parfums et les bijoux résistent, mais leur contribution économique reste insuffisante pour compenser l’affaiblissement des accessoires.
La transition créative brouille la lecture des performances
L’arrivée d’Alessandro Michele complique naturellement l’interprétation des comptes. Car un changement de direction artistique crée presque toujours une période de transition commerciale. En effet, les collections héritées de l’ancien directeur créatif perdent progressivement leur dynamique. Alors qu’en parallèle, les nouvelles propositions mettent plusieurs saisons à trouver leur clientèle.
Certes, les ventes baissent chez Valentino. Mais quelle est la part de cette baisse qui relève d’un cycle normal de renouvellement créatif ? Et quelle est celle qui traduit un affaiblissement plus durable de la désirabilité de la marque ? Une distinction qui déterminera la valeur future de Valentino.
Une dépendance financière qui change l’équilibre de gouvernance
L’un des pires indicateurs de ces résultats financiers 2025 est sans conteste le fait que Valentino continue de consommer du capital. Après les engagements pris lors de la renégociation de sa dette en 2024, les actionnaires ont procédé à une nouvelle injection de 100 millions d’euros en 2025 et se sont engagés à poursuivre leur soutien financier en 2026.
Pour Mayhoola, cette situation modifie profondément les arbitrages d’investissement. Le fonds qatari doit désormais choisir entre soutenir les besoins de Valentino, financer le développement de ses autres participations ou préserver sa propre capacité d’investissement. Une situation qui intéresse également Kering.
Rachat de Valentino par Kering : les enjeux
Depuis son entrée au capital en 2023, Kering détient 30 % de Valentino avec une option lui permettant d’acquérir progressivement le reste du capital jusqu’en 2029. Mais le groupe français, qui traverse lui-même une phase de réajustement stratégique, va-t-il poursuivre ce projet de rachat ?
Les mauvais résultats ne remettent pas nécessairement en cause l’intérêt stratégique de Valentino. Ils peuvent au contraire réduire sa valeur à la négociation en vue du rachat. Car à mesure que les besoins de financement augmentent, Mayhoola perd sa capacité à négocier avantageusement la revente des parts de Valentino.
De fait, si Valentino traverse une crise économique, la maison conserve des attributs rares. Notamment une reconnaissance mondiale, un héritage couture unique, une clientèle internationale et un réseau de distribution déjà constitué. Autant d’actifs qui sont d’ordinaire très coûteux à construire, et sur lesquels Kering pourra s’appuyer pour relancer la maison.
La véritable inconnue : la capacité de Valentino à recréer un moteur de croissance
Le redressement financier dépendra moins des réductions de coûts que de la capacité de la maison à retrouver une croissance organique. Ce qui suppose qu’Alessandro Michele parvienne à recréer un produit emblématique dans la maroquinerie ou les accessoires, capables de générer les marges qui financent traditionnellement les activités plus créatives des maisons de luxe.
Dans le luxe, la désirabilité précède toujours la rentabilité. Les comptes 2025 montrent que Valentino a perdu une partie de sa dynamique commerciale. Ils ne permettent pas encore de conclure que la marque a perdu sa capacité à redevenir désirable.
