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Richemont a publie le 22 mai dernier des résultats financiers annuels solides pour l’exercice clos au 31 mars 2026. Le groupe de luxe suisse est notamment porté par Cartier et ses maisons de joaillerie, une catégorie produit particulièrement résiliente. La conséquence ? Une croissance robuste dans un environnement pourtant marqué par le ralentissement en Chine, la hausse du prix de l’or et les tensions douanières avec les Etats-Unis. Mais derrière cette résilience, Richemont révèle aussi sa dépendance croissante à la joaillerie, tandis que ses activités mode et horlogerie restent plus fragiles.
La joaillerie continue de tirer tout le groupe
Avec 22,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 11% à taux de change constants, Richemont confirme sa capacité à maintenir sa trajectoire de croissance dans un marché du luxe devenu plus complexe. Le résultat opérationnel atteint 4,5 milliards d’euros, tandis que le bénéfice net grimpe à 3,5 milliards.
Mais au-delà des chiffres consolidés, les résultats mettent surtout en lumière la puissance prise par les maisons de joaillerie du groupe. Cartier, Van Cleef & Arpels et Buccellati représentent désormais près des trois quarts des ventes totales de Richemont.
La division joaillerie a ainsi généré 16,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice, avec une croissance de 14% à changes constants. Toutes les régions progressent, y compris l’Asie-Pacifique malgré un contexte chinois plus difficile. Et le quatrième trimestre confirme cette dynamique avec une hausse de 16%.
Cartier s’impose comme le principal actif stratégique du groupe
Même sans détailler les performances de chaque maison, Richemont souligne l’impact de ses investissements en communication, notamment autour de Cartier. Le groupe évoque une nouvelle campagne mondiale et une série d’événements patrimoniaux organisés à Londres, Shanghai ou Florence.
Dans les faits, Cartier apparaît de plus en plus comme le cœur économique et culturel du groupe. Sa capacité à combiner ultra-luxe, forte visibilité mondiale et volumes élevés distingue aujourd’hui Richemont d’autres acteurs du secteur davantage dépendants de la mode.
Cette domination de la joaillerie permet également au groupe d’absorber plusieurs vents contraires majeurs. Richemont a dû composer cette année avec la hausse du prix de l’or, des effets de change défavorables liés au dollar, au franc suisse et au yuan, ainsi qu’avec de nouvelles surtaxes américaines.
La marge brute recule ainsi de 250 points de base à 64,4%. Mais le groupe est parvenu à préserver une marge opérationnelle de 20% grâce à des hausses de prix mesurées et à une discipline stricte sur les coûts.
Les États-Unis deviennent un relais de croissance central
Autre enseignement majeur de l’exercice : la diversification géographique de Richemont progresse rapidement. Les Amériques enregistrent une croissance de 17%, avec un quatrième trimestre à +18%.
Cette dynamique reflète la solidité persistante de la clientèle américaine haut de gamme, mais aussi la montée en puissance du réseau retail du groupe. Richemont continue d’accélérer ses investissements dans ses boutiques, avec un capex total de 1 milliard d’euros cette année.
Plus de la moitié de ces dépenses ont été consacrées à la distribution : rénovations, extensions et ouvertures ciblées dans de nouvelles villes stratégiques. Le groupe poursuit également la reconstruction de son empreinte commerciale en Chine.
Le Japon confirme lui aussi son retour comme marché clé du luxe mondial. Les ventes y progressent de 9% sur l’année et de 28% au quatrième trimestre, soutenues à la fois par la clientèle locale et par le retour du tourisme international.
L’horlogerie reste sous pression
À l’inverse, les résultats de la division horlogerie montrent un marché beaucoup plus complexe à naviguer pour Richemont. Les ventes de montres reculent de 4% à 3 milliards d’euros, malgré un léger retour à la croissance au second semestre.
La faiblesse persistante de l’Asie pèse fortement sur les performances. Les ventes chutent de 12% en Asie-Pacifique et de 14% au Japon. La marge opérationnelle tombe à 3,4%, très loin des standards historiques du luxe. A noter que ce ralentissement actuel du marché horloger intervient après plusieurs années de forte croissance post-pandémie, marquées par la spéculation sur certains modèles et une demande exceptionnelle.
Richemont souligne néanmoins un meilleur équilibre entre les ventes aux distributeurs et les ventes finales, signe d’une gestion plus prudente des stocks. Le groupe a également annoncé la cession de Baume & Mercier à Damiani, attendue pour l’été 2026.
La division mode cherche encore son modèle économique
Les activités regroupées dans la division « Other », qui incluent notamment Alaïa, Montblanc, Peter Millar et Watchfinder, restent le principal chantier stratégique du groupe. Car cette division affiche 2,7 milliards d’euros de ventes, et seulement 96 millions d’euros de résultat opérationnel. La rentabilité demeure donc très faible comparée à la joaillerie.
Richemont met toutefois en avant plusieurs signaux positifs. Peter Millar poursuit sa forte progression aux États-Unis grâce au développement de son positionnement lifestyle premium. Watchfinder bénéficie également de l’essor du marché de la montre certifiée d’occasion.
Mais c’est surtout Alaïa qui attire désormais l’attention. Le groupe insiste sur la montée en puissance de la maison parisienne, portée par des défilés à fort impact et par le succès commercial de plusieurs produits iconiques. Cette dynamique intervient néanmoins dans un contexte d’incertitude après le départ de son directeur artistique Pieter Mulier, dont le successeur n’a pas encore été annoncé.
Une stratégie d’investissement maintenue malgré les incertitudes
L’un des éléments les plus marquants des résultats reste la poursuite des investissements à grande échelle malgré un environnement mondial instable. Richemont a consacré 1 milliard d’euros à ses investissements industriels et commerciaux. Le groupe poursuit notamment le développement de ses ateliers en France et en Italie, tout en renforçant ses programmes de formation artisanale.
Avec une trésorerie nette de 8,5 milliards d’euros et un cash-flow opérationnel en hausse à 4,9 milliards, Richemont conserve donc une puissance financière considérable pour poursuivre cette stratégie. Dans un secteur du luxe plus volatil qu’au cours de la décennie précédente, le groupe suisse apparaît aujourd’hui comme l’un des acteurs les mieux armés pour traverser un cycle économique plus complexe.
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