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Le groupe italien publie un premier semestre conforme à sa feuille de route. Si l’acquisition de Versace pèse sur la rentabilité, Prada retrouve une dynamique de croissance, tandis que Miu Miu entre dans une phase de normalisation après plusieurs années d’expansion exceptionnelle.
Le groupe Prada poursuit sa transformation sans dévier de sa trajectoire. Au premier semestre 2026, le propriétaire de Prada, Miu Miu et désormais Versace enregistre un chiffre d’affaires de 3,048 milliards d’euros, en hausse de 16 % sur un an. Une progression qui reflète avant tout l’intégration de Versace, consolidée depuis décembre 2025. À périmètre comparable, c’est-à-dire hors contribution de Versace, la croissance ressort à 5 %. Un rythme plus modéré que lors des exercices précédents, mais qui confirme la résilience du groupe dans un environnement marqué par le ralentissement du marché mondial du luxe.
Prada retrouve des couleurs
Si le rachat de Versace finalisé ces derniers mois a fait les gros titres, la première maison qu’il convient d’observer dans le portefeuille est pourtant Prada elle-même. Après avoir terminé l’exercice 2025 avec des ventes en léger recul (-1 %), la marque renoue avec la croissance. Les ventes en boutique progressent de 3 % sur le semestre et accélèrent à 6 % au deuxième trimestre, portées par les ventes à prix plein et par la clientèle existante.
Cette évolution constitue un signal stratégique important. En effet, depuis deux ans, la dynamique du groupe reposait essentiellement sur Miu Miu, tandis que Prada apparaissait plus exposée au ralentissement de la demande mondiale. Le redressement de la marque historique rééquilibre désormais les moteurs de croissance du groupe.
Miu Miu entre dans une phase de normalisation
À l’inverse, Miu Miu affiche une progression beaucoup plus modérée qu’au cours des exercices précédents. Les ventes progressent de 3 %, après une croissance de 40 % au premier semestre 2025 et une succession de performances exceptionnelles depuis 2023.
Mais ce ralentissement était largement anticipé par les investisseurs. Après plusieurs années de croissance hors norme, la marque atteint un niveau de comparaison particulièrement exigeant. Prada souligne également une exposition plus importante de Miu Miu au Moyen-Orient, région affectée au deuxième trimestre par les tensions géopolitiques. Pour autant, la marque continue d’afficher une croissance positive, signe que sa dynamique commerciale demeure solide malgré une base de comparaison devenue beaucoup plus élevée.
L’intégration de Versace pèse sur la rentabilité
Comme annoncé lors de la présentation des résultats annuels de 2025, l’acquisition de Versace se traduit mécaniquement par une baisse de la rentabilité consolidée. Le résultat opérationnel ajusté atteint 530 millions d’euros, soit une marge de 17,4 %, contre 22,6 % un an plus tôt à périmètre comparable.
Le groupe rappelle toutefois que la rentabilité de ses activités historiques reste globalement stable. La dégradation provient essentiellement de deux facteurs : l’intégration d’une marque encore déficitaire et un effet défavorable des taux de change.
Versace contribue pour sa part à hauteur de 305 millions d’euros de chiffre d’affaires sur le semestre. Prada indique que son évolution est « conforme aux attentes », sans communiquer davantage d’éléments sur sa rentabilité.
Une transformation stratégique désormais bien engagée
Ces résultats financiers du premier semestre 2026 confirment donc que Prada est entré dans une nouvelle phase de son développement. Historiquement organisé autour de deux maisons, Prada et Miu Miu, le groupe doit désormais intégrer une troisième marque aux caractéristiques très différentes. La priorité n’est plus seulement la croissance organique, mais la réussite d’un changement de modèle visant à faire émerger un véritable groupe multi-maisons.
Cette transformation passe notamment par la restructuration de Versace, dont Prada a déjà annoncé plusieurs mesures structurantes. La feuille de route concerne notamment une nouvelle gouvernance (Pieter Mulier a déjà pris ses fonctions à la direction artistique), une rationalisation de la distribution et la refonte du portefeuille des lignes afin de repositionner durablement la marque sur le segment du luxe.
Une trajectoire conforme aux objectifs
Ce premier semestre apporte donc un éclairage sur la stratégie du groupe. Prada démontre sa capacité à absorber l’intégration de Versace sans remettre en cause la dynamique de ses marques historiques. Le retour de Prada à une croissance positive réduit la dépendance du groupe envers Miu Miu, tandis que le ralentissement de cette dernière apparaît davantage comme une normalisation que comme un retournement.
Le principal défi reste désormais inchangé : transformer Versace d’une marque déficitaire en une maison capable de contribuer durablement à la création de valeur. C’est sur ce terrain que sera jugée, dans les prochaines années, la réussite de la stratégie engagée par le groupe italien.
