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Après plusieurs exercices marqués par le recul de Gucci et l’érosion de sa rentabilité, Kering enregistre au premier semestre 2026 ses premiers signes tangibles de redressement. Le groupe renoue avec une légère croissance organique, améliore sa marge opérationnelle et réduit fortement son endettement. Derrière ces résultats se dessine une stratégie de transformation qui commence à produire ses effets, sans pour autant lever toutes les incertitudes sur la capacité du groupe à retrouver durablement sa place parmi les leaders du luxe.
Une croissance organique retrouvée après plusieurs trimestres difficiles
Le premier semestre marque un point d’inflexion pour Kering. Le groupe réalise un chiffre d’affaires de 7,22 milliards d’euros, en baisse de 3 % en données publiées mais en progression de 1 % à périmètre comparable. Cette évolution contraste avec les performances des derniers exercices, largement pénalisées par le ralentissement de Gucci. L’amélioration s’est renforcée au deuxième trimestre, avec un chiffre d’affaires de 3,65 milliards d’euros, en hausse de 2 % en comparable, contre une stabilité au premier trimestre.
Cette accélération est d’autant plus significative qu’elle intervient alors que Kering poursuit la rationalisation de son réseau commercial. Après avoir fermé 75 boutiques nettes en 2025, le groupe en a encore fermé 84 au premier semestre, soit une réduction de près de 5 % de son parc mondial. Malgré cette baisse volontaire du nombre de points de vente, les ventes dans le réseau en propre progressent de 2 % au deuxième trimestre, signe d’une amélioration de la productivité commerciale.
Gucci envoie les premiers signaux d’un redressement
La situation de Gucci demeure le principal déterminant de la trajectoire de Kering. Si la maison affiche encore un recul de 2 % en comparable au deuxième trimestre, contre 8 % au premier trimestre, l’amélioration est spectaculaire.
Les ventes réalisées dans le réseau en propre ne reculent plus que de 2 %, soit une amélioration séquentielle de sept points en seulement trois mois. Selon le groupe, il s’agit de la progression la plus marquée enregistrée par Gucci depuis plusieurs trimestres.
Cette évolution repose sur plusieurs facteurs. Les nouvelles collections commencent à trouver leur public, notamment les lignes Borsetto et Paparazzo, tandis que le défilé Gucci Core organisé à New York a contribué à renforcer la visibilité de la marque. Toutes les régions affichent une amélioration par rapport au trimestre précédent. L’Amérique du Nord demeure le principal moteur de croissance, tandis que l’Europe et l’Asie-Pacifique montrent leurs premiers signes de reprise. La Chine continentale reste en revanche le principal point de faiblesse, même si les tendances s’améliorent progressivement.
Cette évolution constitue probablement le signal le plus important du semestre. Certes Gucci reste en baisse, mais la dynamique de dégradation semble désormais interrompue.
La diversification du portefeuille commence à porter ses fruits
Les autres maisons du groupe confirment également une amélioration de leur trajectoire. A commencer par Saint Laurent, qui renoue avec la croissance sur le semestre. La maison est notamment soutenue par la bonne réception des nouvelles collections en Amérique du Nord et en Europe occidentale ainsi que par la progression des ventes auprès des clients les plus fidèles.
Bottega Veneta poursuit son excellente dynamique, portée par la maroquinerie et une accélération dans l’ensemble des régions. À l’inverse, Balenciaga demeure dans une phase de transition créative, tandis que Brioni confirme trimestre après trimestre son retour à une croissance solide.
Le plan de Luca de Meo sur le rééquilibrage progressif du portefeuille de Kering, historiquement très dépendant de Gucci, est donc en bonne voie.
La joaillerie s’impose comme un nouveau relais stratégique
L’autre enseignement majeur du semestre concerne la montée en puissance des activités joaillières. Kering Jewelry enregistre une croissance de 20 % en comparable au premier semestre, avec un chiffre d’affaires de 521 millions d’euros. Les ventes dans le réseau en propre progressent de 28 %, portées notamment par les excellentes performances de Boucheron, qui atteint de nouveaux records, ainsi que par Pomellato.
Cette activité reste encore modeste à l’échelle du groupe, mais elle s’impose progressivement comme un véritable moteur de croissance. Dans un contexte où la haute joaillerie bénéficie d’une clientèle particulièrement résiliente, Kering poursuit ainsi sa stratégie de diversification vers des segments moins dépendants de la maroquinerie.
La dynamique reste également très favorable pour Kering Eyewear, dont les ventes progressent de 8 % en comparable au premier semestre. L’activité affiche une marge opérationnelle de 23 %, confirmant son statut d’un des métiers les plus rentables du groupe.
Une rentabilité qui s’améliore malgré un environnement encore tendu
Ce premier semestre 2026 traduit également une amélioration de la performance opérationnelle de Kering. Le résultat opérationnel courant atteint 921 millions d’euros, soit une marge de 12,8 %, en hausse de 40 points de base par rapport au premier semestre 2025.
Dans la division Mode et Maroquinerie, la marge progresse de 0,7 point pour atteindre 14,3 %, tandis que Gucci améliore sa propre rentabilité à 17 %, malgré des ventes encore orientées à la baisse. Cette progression résulte principalement de la discipline mise en œuvre depuis plusieurs trimestres : rationalisation du réseau de distribution, maîtrise des coûts et optimisation des opérations.
Le résultat net part du groupe demeure en revanche limité à 189 millions d’euros, pénalisé par plusieurs éléments non courants, notamment les coûts de restructuration et les pertes comptables liées à certaines cessions d’actifs immobiliers.
Une situation financière profondément assainie
L’amélioration la plus spectaculaire concerne sans doute la structure financière. L’endettement net recule de 4,7 milliards d’euros en six mois pour s’établir à 3,3 milliards d’euros, contre 8 milliards fin 2025. Cette évolution s’explique par plusieurs opérations stratégiques, notamment la cession de Kering Beauté à L’Oréal ainsi que plusieurs transactions immobilières. La trésorerie atteint désormais 8,5 milliards d’euros.
Le groupe affiche également un cash-flow libre opérationnel de 2,6 milliards d’euros. Corrigé des opérations exceptionnelles liées à la vente d’actifs et au partenariat Gucci Beauty, le cash-flow ressort à 1,8 milliard d’euros, témoignant d’une amélioration réelle de la génération de liquidités. Ce désendettement renforce considérablement la flexibilité financière de Kering, au moment où le groupe poursuit le déploiement de son plan stratégique ReconKering.
Le semestre valide la première étape de la transformation
Ces résultats ne traduisent pas encore un retour à une croissance robuste. Gucci continue de reculer, la Chine demeure un marché difficile et la rentabilité reste inférieure aux meilleurs standards du secteur.
En revanche, plusieurs indicateurs évoluent simultanément dans la bonne direction : retour de la croissance organique, amélioration séquentielle de Gucci, progression des marges, montée en puissance de la joaillerie, génération de trésorerie et réduction massive de la dette.
Autrement dit, ce premier semestre 2026 valide la phase de stabilisation engagée par Kering. Le groupe semble avoir interrompu la spirale de dégradation observée depuis plusieurs exercices. La prochaine étape sera désormais de démontrer que cette stabilisation peut se transformer en véritable reprise de la désirabilité des marques et, à terme, en croissance durable.
