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Après un mandat très remarqué à la tête de Dior, Maria Grazia Chiuri a repris les rênes de Fendi en octobre 2025. Et elle a déjà eu l’occasion, avec un défilé prêt-à-porter et une collection croisière, d’installer son projet pour la maison romaine. L’exercice de la haute couture, dont le défilé s’est tenu hier à Rome, n’a donc rien d’anecdotique. Certes, la réussite financière de Fendi ne passera pas par les ventes de haute couture. En revanche, l’enjeu est d’affirmer le propos de Maria Grazia Chiuri, ainsi que sa vision d’un Fendi réinventé. Car la maison, qui a été dirigée pendant 40 ans par Karl Lagerfeld, doit absolument retrouver une identité propre afin de renouer avec la croissance.
Une couture de la fluidité
Du noir. Du blanc. D’emblée, on retrouve dans ce défilé haute couture Fall 2026 de Fendi tout le style de Maria Grazia Chiuri. Et la créatrice italienne impose une cohérence minutieuse à l’ensemble du vestiaire présenté.
Les robes longues glissent sur le corps sans jamais le contraindre. Les pantalons noirs très fluides allongent la silhouette et deviennent un véritable fil conducteur de la collection. Les chemises en soie, légèrement ouvertes, les manteaux portés sans structure apparente, les transparence et les jeux de lingerie dessinent une féminité plus suggérée qu’affirmée.
La verticalité domine, de même que le contraste chromatique entre noir, ivoire, beige poudré et quelques rares nuances de sable. C’est une couture de la maîtrise que Maria Grazia Chiuri propose.

Le luxe passe par les matières
L’art de l’épure cache pourtant une vraie luxuriance dans la matière. Et la richesse de la collection haute couture se trouve dans les détails du travail textile. Dentelles, mousselines, résilles, broderies transparentes, jeux d’opacité ou encore fourrures patchwork sont autant d’éléments qui composent un vocabulaire tactile très varié. Un véritable retour aux sources pour une maison habituée à travailler toutes les matières, notamment la fourrure.
Mais pour voir l’impressionnant travail de couture, il faut s’approcher de près. La collection haute couture de Fendi refuse toute forme de spectaculaire. Et en cela, Maria Grazia Chiuri confirme son choix de positionner Fendi sur le segment d’une couture sophistiquée, mais sobre. Un choix déjà observé dans sa collection croisière, qui s’adressait ouvertement à une clientèle en quête d’un luxe plus privé que statutaire.

La nouvelle stratégie de Fendi
Après le décès de Karl Lagerfeld, Silvia Venturini Fendi avait repris la direction artistique de la maison. Et elle avait alterné les propositions créatives en cherchant à instaurer plus de spontanéité au style Fendi. L’arrivée de Maria Grazia Chiuri a sonné la fin de cette période. Et Fendi acte désormais son retour aux fondamentaux, avec des collections pensées pour consolider le territoire esthétique historique de la maison. Une cohérence bienvenue, mais qui traduit aussi une prudence nécessaire dans un moment où les ventes du luxe peinent à se relancer.
La place de Fendi est d’ailleurs paradoxale dans le paysage économique du luxe. Une maison patrimoniale italienne très respectée, et adossée à la puissance du groupe LVMH. Toutefois, depuis un an la maison communique principalement autour de ses icones best-sellers, à commencer par la relance du sac Baguette (qui a déjà vingt ans), afin de nourrir le désir envers la marque. Pour exister face aux autres maisons du portefeuille LVMH telles que Loro Piana, Celine et Loewe, Fendi doit désormais réaffirmer sa singularité.
Ce défilé haute couture valide l’excellence artisanale et l’impression générale de raffinement. Reste maintenant à Maria Grazia Chiuri à rétablir l’autorité culturelle de la maison en se tournant vers l’avenir plutôt que vers le passé.
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