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Le défilé Fall 2026 marque le deuxième acte de Matthieu Blazy dans l’univers de la haute couture Chanel. Et si l’attente autour de la nouvelle collection est très élevée, elle tient moins à la frénésie de la Couture Week qu’à l’esthétique anti-spectacle défendue par le créateur belge sur sa première collection. En effet, Matthieu Blazy avait surpris en prenant le parfait contre-pied de la couture patrimoniale : un refus de la démonstration de maestria clivant, qui avait réaffirmé la singularité de Chanel dans le paysage de la haute couture. Pour se seconde collection, la question se pose donc : va-t-il à nouveau assumer la rupture ? Ou bien renouer avec une forme de continuité ?
Défilé Chanel haute couture Fall 2026
Chez Chanel, la silhouette n’est plus le sujet depuis longtemps. Et pour cause : peu de maisons peuvent se targuer d’avoir imposé une silhouette aussi facilement reconnaissable. Matthieu Blazy n’a d’ailleurs que très peu touché aux volumes existants. Et cette nouvelle collection reste relativement sobre avec : des robes colonne, des tailleurs droits, des vestes courtes et quelques asymétries discrètes.
Contrairement à une partie de la haute couture contemporaine qui cherche le spectacle par la construction, la collection Chanel travaille la démonstration sur la surface. Et la recherche autour des matières est le vrai cœur de cette collection. Matthieu Blazy évolue au gré de plusieurs familles de textures : des tweeds effilochés, des broderies organiques, des applications florales et des incrustations tridimensionnelles. Sans oublier des jeux de transparence très contrôlés, déjà présents dans son premier défilé haute couture.
La proposition esthétique tourne donc autour du relief. Elle affirme une silhouette classique capable de devenir plus tactile, très loin du style parfois trop lisse auquel l’imaginaire collectif associe trop souvent Chanel.

Une logique anti-Instagram ?
Le paradoxe de ce défilé ? Un décors spectaculaire, qui rappelle l’aura imposante de l’une des maisons de couture les plus respectées au monde. Le gigantisme s’exprime jusque dans le choix de la bande son du défilé : la musique de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Référence culturelle de tous les superlatifs.
Pour autant, le défilé haute couture Fall 2026 de Chanel ne fait éclore aucun look Instagram. Aucune silhouette ne semble véritablement conçue pour produire une quelconque viralité social média. Une posture radicalement opposée à la logique de plusieurs autres maisons férues de conversation digitale, à l’instar de Schiaparelli ou Dior.
De fait, la collection privilégie la cohérence à tout effet spectaculaire. Au détriment de l’émotion ? Dans ce défilé, la cohérence trouve aussi ses limites. Chaque silhouette confirme la précédente. Et la narration tend à devenir assez prévisible.

Chanel et les 100 ans de la petite robe noire
Seul élément de surprise dans cette collection Chanel : l’arrivée inopinée de la robe de mariée au beau milieu du défilé. Par convention, Mariée clôt toujours le défilé. Mais ici, Chanel se permet de déjouer les pronostics en contournant l’une des règles les plus immuables du cérémoniel de la haute couture. Et ce qui est plus remarquable, c’est que ce geste n’est pas gratuit. Car c’est la petite robe noire qui referme ici le défilé. Un hommage tout à fait volontaire qui marque l’année du centenaire de cette silhouette devenue l’une des signatures du vestiaire Chanel.

Pour son premier défilé, Matthieu Blazy s’était déjà permis de jouer avec un autre code en faisant défiler de la maroquinerie avec une collection de haute couture. Ce qui n’était pas pour autant un crime de lèse-majesté puisqu’il s’agissait en fait de présenter des pièces de maroquinerie entièrement personnalisables, réalisées à la commande. Dans le pure esprit haute couture, donc.
Avec cette nouvelle incartade ludique, Matthieu Blazy semble vouloir rappeler que l’autorité de la maison Chanel dépasse le cadre de la tradition. Une démonstration de continuité qui ne doit pas faire oublier que le vrai défi, pour assurer l’avenir de la maison, sera de produire la prochaine silhouette signature des décennies à venir.
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