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Chez Chanel, la publicité des parfums n’a jamais eu pour seule fonction de faire connaître une fragrance. Elle sert à construire un imaginaire, installer une personnalité, renouveler une cible et parfois même redéfinir la perception d’un parfum déjà célèbre. Du N°5 à Coco Mademoiselle, de Chance à Bleu de Chanel, la maison a progressivement développé un langage publicitaire reconnaissable : peu d’explications sur la composition, beaucoup de récit, des images fortement travaillées et une place centrale donnée au cinéma. Cette stratégie permet à Chanel de vendre une expérience avant de vendre une odeur. Elle explique aussi pourquoi certaines campagnes sont devenues des références de la communication de luxe.
Pourquoi la publicité des parfums est stratégique pour Chanel
Un parfum possède une difficulté particulière : son principal attribut est invisible. Une maison peut montrer la matière d’un sac, le travail d’une couture ou la précision d’une montre. Elle ne peut pas photographier directement une odeur. La publicité doit donc créer une représentation mentale.
C’est précisément là que Chanel a construit son avantage. La maison ne cherche généralement pas à expliquer longuement ce que sent son parfum. Elle cherche à montrer ce que signifie le porter. Une publicité classique peut mettre en avant des notes olfactives, une concentration ou une promesse de tenue. Chanel préfère souvent raconter une personnalité, une relation, un désir, un moment ou un univers. Le parfum devient alors le symbole d’une histoire. Cette approche permet également de contourner une difficulté marketing importante : les préférences olfactives sont subjectives. Une personne peut ne pas aimer une fragrance mais rester sensible à son univers, à son égérie ou à son film publicitaire. La communication crée ainsi une valeur de marque qui dépasse le produit.
Chanel et le cinéma : une relation structurante
Le recours au cinéma constitue probablement l’une des caractéristiques les plus fortes de la communication parfum de Chanel. La maison ne s’est pas contentée de produire des films publicitaires plus longs que la moyenne. Elle a progressivement adopté certains codes du cinéma : casting, mise en scène, photographie, narration, décors, musique et direction d’acteurs.
Cette stratégie est particulièrement efficace pour une maison dont l’identité est déjà associée à la culture, à la mode et au spectacle. Le film permet surtout de donner une profondeur temporelle au parfum. Une affiche montre une image. Un film peut raconter une rencontre, une rupture, une fuite, une transformation ou une histoire d’amour. Le parfum devient alors le fil conducteur d’un récit.
Cette logique atteint son expression la plus spectaculaire avec certaines campagnes du N°5, mais elle s’étend progressivement à d’autres franchises.
N°5 : la campagne comme construction d’un mythe
Le N°5 constitue le cas le plus célèbre, mais aussi le plus complexe. Sa communication doit résoudre un problème paradoxal : comment moderniser un parfum centenaire sans affaiblir son statut patrimonial ?
Chanel a progressivement répondu à cette question en changeant les histoires racontées autour du produit plutôt qu’en changeant son identité fondamentale. Le flacon reste reconnaissable. Le nom reste identique. La signature olfactive demeure au centre du récit. Mais les femmes qui incarnent le parfum évoluent. Cette succession crée une forme de continuité dynamique. Chaque génération peut découvrir son propre N°5.
Marilyn Monroe : quand une déclaration devient un actif publicitaire
Marilyn Monroe n’a jamais été une égérie officielle de Chanel N°5. Pourtant, son nom est indissociable de l’histoire publicitaire du parfum. Sa célèbre déclaration sur les quelques gouttes de N°5 qu’elle portait pour dormir transforme le parfum en objet culturel.
Chanel bénéficie alors d’un phénomène particulièrement puissant : une personnalité extérieure à la marque produit spontanément une association que n’importe quelle campagne aurait eu du mal à fabriquer. La maison réutilisera ensuite cette archive culturelle dans sa communication.
Pour les professionnels du marketing, le cas est intéressant parce qu’il montre la différence entre notoriété publicitaire et capital culturel. Une marque ne contrôle pas toujours l’origine de ses meilleurs récits. Elle peut ensuite choisir de les amplifier.
Carole Bouquet : installer une nouvelle modernité
Dans les années 1980 et 1990, Carole Bouquet devient l’un des visages majeurs de Chanel. Son association avec la maison contribue à installer une image plus contemporaine du N°5. La femme Chanel n’est plus seulement une icône inaccessible. Elle devient élégante, sophistiquée et moderne.
Le choix de Carole Bouquet est particulièrement cohérent avec l’identité de la maison. L’actrice possède une forte personnalité médiatique tout en conservant une forme de distance. Chanel ne cherche pas la proximité à tout prix. La maison entretient une part de mystère.
Nicole Kidman et Moulin Rouge : le parfum comme grand spectacle
En 2004, Chanel change d’échelle avec la campagne du N°5 réalisée par Baz Luhrmann et portée par Nicole Kidman. Le film s’inspire de l’univers visuel du film Moulin Rouge, que Luhrmann vient de réaliser, et adopte une esthétique spectaculaire.
Le format est proche du court-métrage. Le parfum devient presque secondaire dans la narration. L’histoire d’amour, le décor, la photographie et la performance de l’actrice occupent l’espace.
Cette campagne illustre une évolution majeure du marketing de luxe : la publicité n’est plus seulement un outil de persuasion. Elle devient elle-même un objet culturel. Chanel transforme ainsi son budget média en investissement dans le brand content.
Audrey Tautou : raconter une histoire plutôt qu’une publicité
Quelques années plus tard, Audrey Tautou incarne le N°5 dans un film réalisé par Jean-Pierre Jeunet. Le choix est intéressant car Jeunet possède un univers visuel immédiatement identifiable. La campagne raconte une rencontre entre deux inconnus dans un train qui évoque l’Orient-Express.
Le parfum devient le point de départ d’une histoire romantique. Cette campagne fonctionne parce qu’elle respecte une règle essentielle du storytelling de luxe : le produit n’a pas besoin d’être omniprésent pour être central. Le N°5 devient un objet de désir dans un univers narratif plus large.
Brad Pitt : une rupture dans les codes du N°5
En 2012, Chanel crée une véritable rupture en choisissant Brad Pitt comme premier homme à représenter le N°5. La campagne réalisée par Joe Wright est minimaliste. Brad Pitt s’adresse directement à une femme invisible à l’image et parle du parfum sans montrer une histoire d’amour traditionnelle. Le dispositif provoque de nombreuses réactions, notamment parce que le film abandonne une partie du spectaculaire habituel du N°5.
Mais cette campagne est intéressante précisément pour cette raison. Car Chanel teste une autre manière de représenter le parfum : non plus comme l’accessoire d’une femme, mais comme une présence qui existe dans le regard de celui qui la désire.
Le résultat est controversé, mais révélateur sur le plan stratégique. Une marque patrimoniale peut prendre le risque d’une rupture parce que son capital de marque lui offre une marge d’expérimentation.
Marion Cotillard : réinventer le mythe pour une nouvelle génération
En 2020, Marion Cotillard devient le visage du N°5 dans une campagne réalisée par Johan Renck. La maison choisit une nouvelle fois une actrice française connue à l’international et construit un univers onirique autour d’une danse sur la Lune.
La campagne reprend certains codes historiques de Chanel tout en adoptant une esthétique plus contemporaine. Cette évolution montre une constante du N°5 : la maison ne cherche pas à reproduire ses anciennes campagnes. Elle reproduit plutôt leur fonction. Chaque nouvelle génération doit pouvoir associer le parfum à une image qui lui appartient.
Coco : construire une femme Chanel indépendante et sophistiquée
Avec Coco, lancé en 1984, Chanel développe un autre territoire féminin. Le parfum est directement associé à Gabrielle Chanel par son nom. La communication peut donc s’appuyer sur une personnalité historique déjà extrêmement forte. Le positionnement est différent de celui du N°5. Coco exprime une femme plus affirmée, plus baroque, plus mystérieuse. La communication peut se permettre davantage de richesse visuelle.
Cette distinction entre les territoires est très éclairante pour comprendre la stratégie de la maison. Car Chanel ne cherche pas à faire de tous ses parfums des variations du même imaginaire. Au contraire, chaque franchise possède sa propre personnalité.
Coco Mademoiselle : la naissance d’une héroïne publicitaire
Coco Mademoiselle constitue l’un des plus grands succès marketing de la parfumerie Chanel contemporaine. Lancée en 2001, la fragrance cible une femme plus jeune que celle traditionnellement associée à Coco. La communication joue un rôle déterminant dans cette conquête.
Chanel comprend qu’il ne suffit pas de lancer une nouvelle fragrance. Il faut créer une nouvelle représentation de la femme Chanel. C’est progressivement ce que la maison fait avec Kate Moss puis Keira Knightley.
Keira Knightley : transformer Coco Mademoiselle en franchise culturelle
Keira Knightley devient le visage de Coco Mademoiselle en 2007 et contribue fortement à installer la personnalité de la franchise. Les campagnes mettent en scène une femme libre, indépendante et séductrice, mais qui reste maîtresse de ses choix. La campagne réalisée par Joe Wright en 2011 accentue cette dimension cinématographique. L’actrice évolue dans un univers parisien puis dans une histoire de fuite et de désir. Le parfum devient le symbole d’une femme qui décide elle-même des règles du jeu.
Cette construction est particulièrement efficace parce qu’elle ne repose pas uniquement sur l’apparence de l’égérie. Elle lui attribue un rôle. C’est une différence essentielle entre une égérie utilisée comme mannequin publicitaire et une égérie utilisée comme personnage de marque.
Chance : une communication fondée sur le mouvement
Chance, lancé en 2003, possède un territoire très différent. Son nom introduit une notion de hasard, d’opportunité et de mouvement. La communication s’appuie donc moins sur une héroïne unique que sur une idée : la possibilité qu’un événement inattendu change le cours d’une histoire.
Ce territoire permet à Chanel de toucher une clientèle plus jeune tout en conservant son exigence esthétique. Les campagnes de Chance utilisent régulièrement des couleurs, des mouvements et des univers plus ludiques que ceux du N°5. Cette franchise montre que Chanel sait aussi faire évoluer son langage visuel en fonction du positionnement du produit.
Allure : vendre une personnalité plutôt qu’une senteur
Allure, lancé en 1996, repose sur une idée particulièrement intéressante : le parfum ne doit pas définir une femme mais révéler les différentes facettes de sa personnalité. Cette promesse se retrouve dans la communication.
Le terme « Allure » ne désigne pas une note olfactive précise. Il désigne une présence. Chanel peut donc construire des campagnes autour de l’attitude, du mouvement et de la personnalité plutôt que de chercher à illustrer directement la fragrance. Le positionnement est particulièrement cohérent avec la philosophie historique de la maison : l’allure ne se résume jamais à un vêtement.
Allure Homme et Allure Homme Sport : construire un territoire masculin
La communication masculine de Chanel suit une logique différente des campagnes féminines, mais elle conserve la même volonté de créer un personnage. Avec Allure Homme, la maison cherche à représenter un homme complexe et sûr de lui. Mais ensuite, avec Allure Homme Sport, le territoire devient plus énergique. Le mot « Sport » aurait pu entraîner Chanel vers une communication très fonctionnelle, centrée sur la performance. La maison choisit plutôt de conserver un registre de séduction et de lifestyle.
Le produit accompagne un homme actif mais reste un objet de luxe. Cette distinction est importante dans un marché où les codes sportifs peuvent rapidement banaliser une fragrance.
Égoïste : l’une des grandes ruptures publicitaires de Chanel
La campagne d’Égoïste réalisée par Jean-Paul Goude en 1990 est l’une des plus célèbres de l’histoire de la publicité française. Des femmes apparaissent aux fenêtres d’un immeuble et hurlent le nom du parfum. La campagne transforme le nom Égoïste en situation théâtrale.
Le parfum n’est plus simplement associé à un homme séduisant. Il devient le déclencheur d’une réaction collective. Cette campagne montre surtout la puissance d’un concept créatif simple. Le nom du produit devient le scénario.
Égoïste Platinum : une autre vision de l’homme Chanel
Avec Égoïste Platinum, Chanel change de ton. La campagne s’oriente vers un homme plus contemporain, dynamique et sûr de lui. Le territoire devient plus lumineux et plus accessible que celui d’Égoïste.
Cette évolution illustre une logique importante dans la gestion d’une gamme : Chanel ne cherche pas nécessairement à conserver le même discours autour d’une famille de produits. Elle peut créer plusieurs expressions masculines sous une même architecture de marque.
Bleu de Chanel : du parfum masculin au territoire de marque
Avec Bleu de Chanel, la maison atteint une autre dimension. Le lancement de 2010 ne cherche pas seulement à installer une nouvelle fragrance. Il vise à construire une signature masculine capable de durer.
La communication devient donc encore plus importante. Et Chanel choisit de développer autour de Bleu un territoire fondé sur l’indépendance, le mystère, la liberté et la maîtrise de soi. Le bleu du nom devient un élément de langage visuel, mais la maison évite une communication littérale qui consisterait à simplement représenter la couleur. Le territoire repose davantage sur l’atmosphère.
Martin Scorsese et Bleu de Chanel : quand Chanel adopte les codes du cinéma
La première campagne de Bleu de Chanel fait appel à Martin Scorsese. Le choix est particulièrement fort sur le plan du positionnement. Car Chanel ne recrute pas uniquement une célébrité. Elle associe la marque à un auteur de cinéma reconnu.
Le réalisateur apporte son univers, sa crédibilité et son langage visuel. Cette stratégie permet à Chanel de faire passer un message implicite : Bleu de Chanel n’est pas un parfum de masse avec une campagne luxueuse. C’est une création qui appartient au même univers culturel que le cinéma haut de gamme. La maison transforme ainsi la signature du réalisateur en signal de prestige.
Gaspard Ulliel : installer une masculinité plus mystérieuse
Gaspard Ulliel devient ensuite le visage emblématique de Bleu de Chanel. Son image correspond parfaitement au territoire choisi par Chanel : élégance, intensité, retenue et mystère. La communication ne cherche pas à expliquer le parfum. Elle construit autour de l’acteur une figure masculine difficile à saisir.
Cette distance est importante. Dans la communication de luxe, le mystère peut avoir davantage de valeur que la démonstration. Chanel laisse une part d’interprétation au spectateur. Le dispositif contribue à faire de Bleu de Chanel une signature masculine plutôt qu’une simple fragrance parmi d’autres.
Timothée Chalamet : faire évoluer Bleu de Chanel sans changer son territoire
Chanel choisit Timothée Chalamet comme nouveau visage de Bleu de Chanel en 2023. Le choix est révélateur de l’évolution de la cible. Chalamet appartient à une génération d’acteurs dont l’image est beaucoup plus liée à la mode, à la culture digitale et à une conception moins conventionnelle de la masculinité.
Chanel peut ainsi rajeunir la franchise sans modifier son territoire fondamental. C’est une stratégie particulièrement efficace : plutôt que de changer le parfum pour attirer une nouvelle génération, la maison change l’incarnation. Le produit reste stable. Le contexte culturel évolue.
En 2026, l’acteur australien Jacob Elordi devient à son tour le nouveau visage du Bleu de Chanel.
Les autres territoires de la parfumerie Chanel
Les grandes campagnes citées ici ne doivent pas faire oublier la diversité du portefeuille Chanel. La maison a construit au fil des décennies plusieurs familles de parfums, chacune possédant sa propre personnalité visuelle et narrative.
Cette segmentation est essentielle pour éviter la cannibalisation. Le N°5 représente le patrimoine et l’intemporalité. Coco renvoie davantage à une féminité affirmée et sophistiquée. Coco Mademoiselle travaille la jeunesse, l’indépendance et la séduction. Chance introduit davantage de mouvement et de spontanéité. Allure développe la notion de personnalité. Bleu de Chanel construit une vision contemporaine de l’homme.
La cohérence ne vient donc pas d’une campagne uniforme. Elle vient d’une même exigence de direction artistique.
Les grands principes de la stratégie publicitaire Chanel
L’observation de ces campagnes fait apparaître plusieurs principes récurrents.
Le parfum est rarement expliqué
Chanel communique peu sur la pyramide olfactive dans ses grands films de marque. La maison considère que l’expérience émotionnelle doit précéder l’explication rationnelle. Le consommateur peut ensuite découvrir les notes, la concentration ou la composition sur le site, en boutique ou auprès d’un conseiller. La publicité remplit donc une fonction différente : créer le désir.
Le produit devient un personnage secondaire
Dans plusieurs campagnes emblématiques, le parfum apparaît relativement peu. C’est un choix délibéré. La marque considère que plus l’univers est puissant, plus le produit peut rester discret. Cette logique est particulièrement adaptée au luxe, où la démonstration commerciale peut rapidement dégrader la perception d’exclusivité.
Le casting est un outil de positionnement
Le choix d’une égérie ne répond pas uniquement à sa notoriété. Chaque personnalité apporte un capital culturel différent.
Carole Bouquet évoque une certaine idée de l’élégance française. Nicole Kidman apporte une dimension internationale et cinématographique. Audrey Tautou renforce l’imaginaire français. Keira Knightley incarne une féminité plus contemporaine. Marion Cotillard associe prestige international et identité française. Timothée Chalamet permet de toucher une génération plus jeune et plus connectée à la culture pop.
Le casting fonctionne donc comme un outil de segmentation.
Le rôle des égéries : incarnation ou narration ?
Chez Chanel, une égérie efficace ne doit pas simplement être belle dans une campagne. Elle doit pouvoir porter une histoire. C’est ce qui distingue les grandes campagnes de la maison de nombreuses communications de parfumerie plus standardisées. Une égérie Chanel peut être une héroïne, un personnage mystérieux, une femme libre ou un homme insaisissable. Elle devient alors une extension du positionnement.
Cette stratégie possède également un avantage économique : lorsque le visage change, le territoire de marque peut rester stable. Chanel peut donc renouveler sa communication sans reconstruire entièrement son identité.
Pourquoi Chanel travaille avec des réalisateurs de cinéma
Le recours à des réalisateurs comme Baz Luhrmann, Jean-Pierre Jeunet, Martin Scorsese ou Joe Wright n’est pas une simple recherche de prestige. C’est un choix qui répond à un besoin de différenciation.
Le secteur de la parfumerie produit chaque année un volume considérable de campagnes. Les codes finissent donc par se ressembler : gros plans sur le flacon, égérie séduisante, décor spectaculaire, musique émotionnelle. Faire appel à un réalisateur possédant une signature forte permet à Chanel d’éviter cette standardisation.
Le réalisateur apporte un point de vue. La campagne peut alors devenir reconnaissable même avant l’apparition du logo. Cette logique est particulièrement proche de celle du brand entertainment : la marque finance un contenu dont la valeur narrative peut exister au-delà de sa fonction publicitaire.
Du film publicitaire au contenu digital
La transformation des médias a profondément modifié la manière dont Chanel exploite ses campagnes. Le film principal n’est plus nécessairement la seule pièce de communication. Il peut être décliné en formats courts, contenus sociaux, making-of, interviews, photographies, contenus backstage et formats adaptés aux différentes plateformes. Cette logique permet d’amortir la création d’une campagne sur un ensemble beaucoup plus large de points de contact.
Mais Chanel doit aussi composer avec un nouvel environnement : le public peut désormais commenter, détourner et remixer les campagnes. Le contrôle de l’image devient donc plus difficile. La maison doit produire des contenus suffisamment forts pour continuer à émerger dans un environnement où la publicité traditionnelle est de plus en plus concurrencée par les créateurs de contenu et les plateformes sociales.
Comment Chanel renouvelle ses campagnes sans diluer ses codes
C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants de la stratégie Chanel. La maison change régulièrement ses égéries, ses réalisateurs, ses décors et ses histoires. Pourtant, l’identité reste immédiatement reconnaissable. La raison tient à la stabilité des fondamentaux. Le logo, le flacon, le nom, les codes graphiques, la direction artistique et surtout le niveau d’exigence visuelle restent cohérents.
Chanel distingue donc ce qui doit être permanent de ce qui peut évoluer. Le territoire de marque reste stable. Mais le récit change. Or, cette distinction est fondamentale pour une marque patrimoniale. Car une maison qui ne change jamais devient vieillissante. Une marque qui change tout le temps devient illisible. Chanel cherche une troisième voie : conserver ses codes fondamentaux et renouveler continuellement leur interprétation.
Une stratégie publicitaire au service du business
La sophistication des campagnes Chanel ne doit pas faire oublier leur fonction commerciale. Le storytelling sert d’abord à augmenter la valeur perçue du produit. Ainsi, un parfum Chanel n’est pas seulement comparé à un autre parfum en fonction de son odeur. Il est comparé en fonction de l’univers auquel il donne accès. C’est cette valeur symbolique qui permet à la maison de pratiquer un positionnement premium et de maintenir une forte désirabilité.
La communication joue également un rôle dans le lancement de nouvelles fragrances. Lorsqu’une maison possède un patrimoine aussi puissant que Chanel, le risque est de voir les anciennes références monopoliser l’attention. Les nouvelles créations doivent donc disposer de leur propre territoire. Coco Mademoiselle, Chance, Allure ou Bleu de Chanel montrent comment la maison construit progressivement des franchises capables d’exister indépendamment du N°5.
La publicité devient alors un outil de diversification. Elle permet de créer de nouveaux actifs de marque. Enfin, ces campagnes renforcent la valeur globale de Chanel. Une personne qui connaît Bleu de Chanel connaît aussi Chanel. Une personne qui reconnaît le flacon du N°5 reconnaît immédiatement la maison. La publicité parfum participe donc à un système plus large de notoriété et de désirabilité.
Questions fréquentes sur les campagnes publicitaires des parfums Chanel
Quelle est la campagne de parfum Chanel la plus célèbre ?
La réponse dépend de la période considérée. Le N°5 possède le patrimoine publicitaire le plus important, avec notamment les campagnes associées à Nicole Kidman, Audrey Tautou et Marion Cotillard. Mais la campagne d’Égoïste réalisée par Jean-Paul Goude et les différentes campagnes de Coco Mademoiselle et de Bleu de Chanel comptent également parmi les plus marquantes.
Qui a réalisé la publicité du N°5 avec Nicole Kidman ?
La campagne a été réalisée par Baz Luhrmann en 2004, avec Nicole Kidman. Son esthétique s’inspire notamment de l’univers cinématographique de Moulin Rouge!.
Qui a réalisé la publicité du N°5 avec Audrey Tautou ?
Le film publicitaire a été réalisé par Jean-Pierre Jeunet. Audrey Tautou y rencontre un homme dans un train, dans une histoire qui reprend certains codes du cinéma romantique et de l’Orient-Express.
Qui a réalisé la publicité d’Égoïste ?
La campagne emblématique d’Égoïste a été réalisée par Jean-Paul Goude en 1990. Son concept repose sur des femmes criant le nom du parfum depuis les fenêtres d’un immeuble.
Qui a réalisé les campagnes de Bleu de Chanel ?
La franchise Bleu de Chanel a fait appel à plusieurs réalisateurs. Martin Scorsese a notamment réalisé la première campagne, tandis que d’autres films ont ensuite été réalisés pour accompagner les différentes évolutions de la franchise.
Pourquoi Chanel utilise-t-elle autant le cinéma dans ses publicités ?
Le cinéma permet à Chanel de transformer une campagne en récit et de travailler davantage l’émotion, l’atmosphère et la personnalité que les caractéristiques techniques du parfum. Il permet également d’associer la maison à des réalisateurs dont la signature constitue elle-même un actif culturel.
Pourquoi les publicités Chanel parlent-elles peu de la composition des parfums ?
Parce que la fonction principale de la campagne est de créer une représentation mentale du parfum. Les informations olfactives peuvent être transmises ensuite par le site, les boutiques ou les conseillers. La publicité travaille avant tout la désirabilité.
Quelle est l’égérie de parfum Chanel la plus emblématique ?
Il n’existe pas une seule réponse. Marilyn Monroe possède un statut particulier puisqu’elle a créé une association spontanée avec le N°5 sans avoir été égérie officielle. Carole Bouquet, Nicole Kidman, Audrey Tautou, Keira Knightley et Marion Cotillard ont ensuite incarné différentes périodes de la communication Chanel.
Pourquoi Chanel change-t-elle régulièrement d’égérie ?
Changer d’égérie permet de renouveler la cible et la perception du parfum sans modifier nécessairement son positionnement fondamental. La nouvelle personnalité apporte son propre capital culturel et permet à la franchise de rester contemporaine.
Quelle campagne Chanel est particulièrement intéressante pour les professionnels du marketing ?
Plusieurs cas méritent d’être étudiés. Égoïste montre comment un nom peut devenir un concept créatif. Le N°5 avec Nicole Kidman illustre le brand entertainment et le recours au cinéma comme territoire de marque. Coco Mademoiselle montre comment une maison peut construire une franchise autour d’une héroïne. Bleu de Chanel démontre enfin comment une marque peut renouveler son public en conservant un territoire de communication stable.
Quel est le principal enseignement de la publicité Chanel ?
Le principal enseignement est probablement celui-ci : Chanel ne cherche pas à rendre ses parfums plus visibles, mais plus signifiants. La maison construit autour de chaque grande fragrance un territoire narratif suffisamment fort pour que le produit devienne le symbole d’un style de vie, d’une personnalité ou d’une émotion. C’est cette capacité à transformer une fragrance en actif culturel qui explique la longévité exceptionnelle de ses campagnes.
