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Au-delà de ces derniers résultats financiers, le groupe Kering est engagé dans un virage pour faire évoluer son modèle et le rendre moins dépendant de Gucci. Alors que la maison italienne reste en difficulté, Saint Laurent, Bottega Veneta et Brioni commencent à soutenir la croissance de la division Mode et Maroquinerie de Kering. Dans le même temps, la création en mars dernier de la division Kering Jewelry donne une nouvelle visibilité aux maisons de joaillerie.
La transformation de Kering ne se joue pas uniquement dans les boutiques Gucci. Les résultats du troisième trimestre 2026 mettent en évidence un enjeu plus structurel. En effet, la capacité du groupe à faire émerger plusieurs moteurs de croissance, suffisamment solides pour limiter l’impact des difficultés de sa marque phare. Ainsi, sur la période, Gucci a vu ses ventes reculer de 6 % en comparable, à 1,291 milliard d’euros. Dans le même temps, les ventes du réseau en propre de la division Mode et Maroquinerie, hors Gucci, ont progressé de 2 %. Saint Laurent, Bottega Veneta et Brioni figurent parmi les principaux contributeurs à cette évolution.
Le contraste illustre un virage important. Les autres maisons ne sont plus seulement présentées comme un potentiel de diversification à long terme. Et elles commencent à jouer un rôle concret d’amortisseur. En parallèle, Kering entend structurer la joaillerie comme un pôle à part entière, avec une organisation dédiée et des perspectives de développement propres.
Mode : sortir progressivement de la dépendance à Gucci
La concentration des ventes autour de Gucci constitue depuis plusieurs exercices une vulnérabilité pour Kering. Lorsque la marque florentine ralentit, c’est l’ensemble du groupe qui en subit les conséquences. Son poids demeure considérable : avec 1,291 milliard d’euros de chiffre d’affaires au troisième trimestre, Gucci représente près de 39 % des ventes trimestrielles du groupe.
Les résultats des autres maisons apportent toutefois un signal encourageant. Hors Gucci, le réseau en propre de la division Mode et Maroquinerie progresse de 2 % en comparable, alors que la division dans son ensemble recule de 3 %. Saint Laurent bénéficie d’une dynamique soutenue en Amérique du Nord et en Europe occidentale, ainsi que de l’engagement de ses clients les plus fidèles. Bottega Veneta continue de s’appuyer sur l’attractivité de sa maroquinerie et sur le renouvellement de ses collections, tout en développant son prêt-à-porter. Brioni, de son côté, capitalise sur son offre sur mesure et une relation client personnalisée.
Ces trajectoires ne sont toutefois pas interchangeables. Chacune repose sur une identité, une clientèle et une proposition de valeur distinctes. C’est précisément ce qui peut faire la force d’un portefeuille de maisons de luxe, à condition que chacune dispose d’un positionnement suffisamment lisible et d’une dynamique commerciale propre.
Le rééquilibrage reste néanmoins inachevé. La croissance des autres maisons ne compense pas encore le recul de Gucci, et les résultats restent hétérogènes. Balenciaga demeure résiliente en maroquinerie, mais son prêt-à-porter et ses chaussures sont sous pression. Alexander McQueen poursuit un repositionnement plus explicite autour du tailoring britannique et rationalise son réseau de distribution. Pour ces deux maisons, l’enjeu est de traduire le travail sur l’identité et l’offre en amélioration commerciale durable.
Kering Jewelry, une organisation dédiée pour accélérer le développement
L’autre évolution stratégique concerne la joaillerie. En créant Kering Jewelry, le groupe a choisi de réunir Boucheron, Pomellato, DoDo et Qeelin dans une division dédiée, afin de mieux coordonner leur développement et de renforcer les capacités partagées, notamment sur les plans industriel et opérationnel.
Les résultats commerciaux sont encourageants. Au troisième trimestre, Kering Jewelry a réalisé 239 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 11 % en comparable. Sur les neuf premiers mois de 2026, les ventes atteignent 760 millions d’euros, soit une progression de 17 % en comparable. Boucheron bénéficie de la demande pour ses collections emblématiques Quatre et Serpent Bohème, avec de bonnes performances au Japon et en Corée du Sud. Pomellato poursuit sa progression, notamment au Japon, portée par ses lignes Nudo, Iconica et Together. Les situations de DoDo et Qeelin sont plus contrastées, même si cette dernière a poursuivi le renouvellement de son offre.
Le réseau en propre de la division a progressé de 18 % en comparable au troisième trimestre, un rythme supérieur à celui de son chiffre d’affaires global. Ce décalage souligne le rôle des boutiques dans la dynamique commerciale du pôle, sans pour autant suffire à établir la rentabilité de cette croissance.
La nouvelle organisation semble donc cohérente avec la trajectoire commerciale. Mieux : elle donne une structure commune à des maisons aux identités distinctes et peut faciliter le partage de compétences, les investissements et le développement international.
Un relais de croissance distinct de la mode
La joaillerie présente un intérêt particulier pour Kering parce qu’elle permet de diversifier le groupe au-delà de la mode et de la maroquinerie. Les cycles de désirabilité, les savoir-faire et les catégories de produits ne répondent pas exactement aux mêmes ressorts. Les collections iconiques peuvent soutenir la demande dans la durée, tandis que la distribution et la relation client peuvent contribuer à renforcer l’exclusivité des maisons.
Cette diversification n’immunise toutefois pas le groupe contre les évolutions de la conjoncture. La joaillerie reste exposée au pouvoir d’achat, à la confiance des consommateurs et aux arbitrages de dépenses. De plus, la progression du chiffre d’affaires ne suffit pas à mesurer le succès de la stratégie : la rentabilité, la génération de trésorerie et la capacité à financer le développement des maisons seront tout aussi déterminantes.
Kering dispose également d’un autre relais dans les lunettes. Kering Eyewear a réalisé 373 millions d’euros de chiffre d’affaires au troisième trimestre, en hausse de 4 % en comparable. Sur neuf mois, les ventes atteignent 1,338 milliard d’euros, en progression de 7 %. Cette activité renforce la diversification, même si son poids et sa contribution économique ne sont pas équivalents à ceux de la mode et de la maroquinerie.
La diversification ne remplacera pas le redressement de Gucci
La stratégie de Kering consiste donc à mener deux chantiers simultanément. D’un côté, restaurer la désirabilité et la performance de Gucci, dont le poids reste trop important pour que le groupe puisse durablement se satisfaire de la croissance des autres maisons. De l’autre, élargir les relais de croissance en renforçant Saint Laurent, Bottega Veneta, Brioni, la joaillerie et les lunettes.
Le troisième trimestre apporte des signes tangibles de progression sur ce second axe. Ainsi, le retail hors Gucci est en croissance et Kering Jewelry affiche une hausse à deux chiffres. Mais les chiffres ne démontrent pas encore que ces relais sont suffisamment puissants pour compenser durablement la faiblesse de Gucci.
L’enjeu n’est donc pas simplement de réduire la part de Gucci dans le chiffre d’affaires. Il s’agit de construire un portefeuille dans lequel plusieurs maisons peuvent croître, défendre leurs marges et investir dans leur désirabilité, sans dépendre d’un seul moteur. La nouvelle organisation de la joaillerie et la dynamique de certaines maisons de mode constituent des étapes dans cette direction ; leur capacité à produire une croissance rentable dans la durée reste à confirmer.
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