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Après le mandat express de Raf Simons, qui a quitté Calvin Klein en 2018, la marque américaine a déserté pendant plusieurs années les podiums de la Fashion Week. Sa priorité ? Se concentrer sur les produits grand public et à forte marge, comme les sous-vêtements et le denim, afin de relancer son business model. Une étape nécessaire, mais qui a laissé la place à d’autres acteurs.
Car pendant cette absence, d’autres marques émergentes ont, à l’instar de The Row, réussi à se positionner sur le segment esthétique du minimalisme chic. Un style épuré qui a fait la force de Calvin Klein dans les années 1990, et largement participé à faire de la marque l’une des références de la mode américaine.
Dans un contexte économique désormais favorable aux marques premium US, la directrice artistique de Calvin Klein, Veronica Leoni, a donc la charge de rappeler au monde de la mode (et aux clientes) que Calvin Klein demeure, encore aujourd’hui, la grande marque du Quiet Luxury version américaine.
Notre décryptage du défilé
Les deux premières silhouettes, sobres et noires, pouvaient laisser présager d’un défilé Calvin Klein purement minimaliste. Et il s’agit en effet du cœur du sujet. Mais très rapidement, Veronica Leoni déplace subtilement le propos pour insuffler un esprit plus ludique à la maison américaine. Pour preuve : des touches de bleu font incursion dans les proposition ; le tailoring, traditionnellement très près du corps, se relâche ; et la créatrice se permet même des effets de matière, notamment avec un trench ajouré aux proportions amples.
Dans sa nouvelle collection printemps-été 2027, Veronica Leoni s’offre donc une marge de manœuvre pour installer une vision plus personnelle de Calvin Klein. Et prouver, au passage, que le minimalisme ne tend pas nécessairement vers une mode uniformisée. Paradoxalement, c’est aussi l’occasion pour la créatrice de rappeler les codes traditionnels de la marque américaine. Les robes blanches, l’une des silhouette signature de Calvin Klein, sont nombreuses dans la collection. Autre élément incontournable : la présence du denim, souvent traité de façon indirecte. En effet, peu de jeans sont visibles dans les silhouettes. En revanche, le denim apparaît souvent sous une veste ou sous un manteau, comme la marque d’un héritage présent sans être jamais frontal.

Calvin Klein en 2026
Avec un chiffre d’affaires annuel estimé à plus de 4 milliards de dollars, Calvin Klein demeure l’une des marques de référence de la mode premium américaine. Et elle continue à participer à la force de PVH, son groupe propriétaire. Ce qui ne veut pas dire que la marque n’est pas menacée. En effet, le 2 septembre dernier, PVH publiait ses derniers résultats financiers pour le deuxième trimestre 2026. Or, les revenus de Calvin Klein affichent une baisse de -7% sur le trimestre. PVH précise que ce recul s’explique principalement par des effets de calendrier des livraisons wholesale. Toutefois, cet élément illustre bien la dépendance de Calvin Klein au système des grands magasins américains, un levier actuellement fragilisé.
La marque américaine est aussi en plein réajustement stratégique autour de son offre de prêt-à-porter. En effet, ses deux segments les plus rentables restent, encore aujourd’hui, l’underwear et le denim. Mais Calvin Klein ambitionne désormais de reconquérir sa place sur le segment du prêt-à-porter premium, qui bénéficie actuellement d’un contexte économique favorable. En effet, en 2026, la croissance globale de l’habillement américain se maintient autour de +6%. Et cette croissance bénéficie en premier lieu aux marques premium, à commencer par Ralph Lauren ou Amiri.

Les enjeux business du défilé Calvin Klein printemps-été 2027
Pour profiter de ce contexte favorable, Calvin Klein dispose d’un atout : la marque américaine a été le principal acteur de l’essor du minimalisme chic dans les années 1990. Un héritage qui a désormais valeur d’actif stratégique que Veronica Leoni entend bien réactiver dans ses collections. Ainsi, la présence de denim et des robes blanches signatures vise ouvertement à s’inscrire dans le patrimoine de la maison. Et à rappeler que Calvin Klein donnait déjà le ton en matière de Quiet Luxury bien avant la naissance de The Row.
Toutefois, cet hommage au passé ne sera pas suffisant pour relancer la croissance des ventes. Et Calvin Klein doit aussi cultiver une image de couture alignée avec son temps. A ce titre, la présence très marquée de la maroquinerie et des manteaux dans la nouvelle collection démontre l’un des enjeux de la marque. Pour s’affirmer comme une marque premium désirable, il faut aussi étoffer son territoire produits au-delà de l’héritage denim.
