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À l’opposé de la couture-spectacle et de la désirabilité immédiate, Yuima Nakazato défend une vision exigeante de la haute couture : un espace de recherche, d’expérimentation et de questionnement du vêtement contemporain.
Retour à la dimension expérimentale de la haute couture
Chez Yuima Nakazato, la haute couture n’est pas une finalité esthétique mais un protocole de recherche. La collection Printemps-Été 2026 s’inscrit dans une logique quasi scientifique. Son contenu ? Fragmentation des surfaces, hybridation textile. Mais aussi des superpositions organiques qui évoquent des strates géologiques ou les phases d’une mue.
L’expérimentation est frontale, parfois radicale, mais jamais gratuite. Chaque pièce semble répondre à une question précise : jusqu’où peut-on pousser la déconstruction sans perdre la figure ? Comment faire tenir une silhouette quand la matière refuse l’évidence du tombé ?
L’image, chez Nakazato, n’est pas décorative. Elle est la conséquence directe du processus. Et c’est précisément là que la couture bascule dans un territoire exigeant. L’image n’est pas pensée pour séduire immédiatement, mais pour témoigner d’une recherche en cours. Ce choix implique une tension permanente entre lisibilité et abstraction.

Un défilé à la manière d’un laboratoire
Le podium devient donc un espace d’essai. Et les silhouettes présentées ne sont d’ailleurs pas homogènes. Certaines paraissent abouties, d’autres volontairement instables. Cette hétérogénéité n’est pas une faiblesse mais plutôt une déclaration d’intention. Nakazato montre la couture comme un chantier en cours, assumé comme tel. Le vêtement n’est pas figé, il est documenté dans son état de recherche.
La répétition de motifs organiques et la variation autour d’un même vocabulaire formel renforcent cette impression de laboratoire ouvert. Il ne s’agit pas de présenter à une narration linéaire, mais de donner à voir une série d’hypothèses visuelles.
Couture et lisibilité
La lisibilité n’est pas immédiate. Elle se construit dans la durée, par accumulation. Les silhouettes longues, étirées, parfois presque filiformes, imposent un rythme lent. Le regard doit donc prendre le temps de s’adapter. Nakazato ne cherche pas l’impact instantané, mais plutôt la persistance rétinienne.
La palette est dominée par les blancs cassés, les beiges minéraux, les ors patinés. Ce choix volontairement resserré agit comme un agent fixateur visuel. Il permet à la complexité formelle de rester cohérente. La lisibilité passe par la couleur plus que par la coupe.

Émouvoir au-delà de la performance
L’émotion n’est jamais démonstrative. Elle surgit par moments, presque par accident. Un voile qui capte la lumière, une transparence qui révèle la fragilité du corps. Ou encore une silhouette dont la verticalité évoque une forme de solitude. Le concept domine, mais il laisse filtrer une émotion discrètement présente, volontairement contenue.
La performance technique est évidente, mais ce n’est pas elle qui marque durablement. Ce qui persiste, c’est une sensation d’inachèvement volontaire, presque mélancolique. Nakazato ne cherche pas à impressionner, il préfère interroger. Et c’est précisément cette retenue qui, paradoxalement, fait toute la singularité de sa couture.
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