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Présentée lors de la Haute Couture Week de janvier 2026, la collection Schiaparelli intitulée “The Agony and the Ecstasy” confirme la maison comme l’un des épicentres visuels du luxe contemporain. Entre surréalisme codifié, maîtrise médiatique et couture-spectacle, le défilé interroge la place de l’image dans la création couture d’aujourd’hui.
La couture comme spectacle culturel
Dans le paysage du luxe mondial, Schiaparelli occupe une place paradoxale. Un position commerciale modeste, contre-balancée par une présente médiatique incontournable. Et cet aspect prend tout son sens lors de la Haute Couture Week.
Schiaparelli ne présente pas simplement une collection. La maison orchestre un rituel culturel total. Le défilé est pensé comme une suite d’images autonomes, immédiatement exploitables par l’écosystème médiatique : presse, réseaux sociaux et relais célébrités.
La couture s’affirme comme un langage visuel de masse, paradoxalement fondé sur l’hyper-rareté. Chaque silhouette fonctionne comme une icône isolée. Ici, une créateur fantastique conçue par Daniel Roseberry pour circuler hors du temps long de la couture.
La marque de fabrique ? Un fort potentiel de viralité pour chaque silhouette présentée. Le défilé compte moins dans sa globalité que la série de “moments” qu’il présente pour qu’ils soient cités et partagés. La couture n’est plus seulement un savoir-faire : elle est un médium à part entière.
Le surréalisme, la signature de la maison Schiaparelli
Le surréalisme chez Schiaparelli n’est plus une subversion de l’ordre esthétique. Mais il s’agit désormais d’une grammaire stable et institutionnalisée par Daniel Roseberry. Corps contraints, anatomies sublimées, références animales notamment avec les plumes omniprésentes. Mais aussi un fétichisme des matières et de l’ornement : tout est immédiatement reconnaissable.
Là où Elsa Schiaparelli utilisait le surréalisme comme une arme intellectuelle contre la bienséance bourgeoise, la collection Haute Couture printemps-été 2026 l’emploie comme un code visuel déjà digéré par le luxe contemporain. C’est un choc qui se fonde sur la maîtrise. Il ne dérange plus. Au contraire : il rassure par sa reconnaissance immédiate. Le surréalisme n’est plus une prise de risque, mais plutôt une signature.
Buzz vs héritage
La maison joue un équilibre extrêmement précis entre héritage historique et viralité contemporaine. Le buzz n’est pas accidentel : il est structurel. Chaque pièce est pensée pour produire une image forte, parfois au détriment d’une lecture globale du vestiaire. Ce qui est cohérent avec une réalité économique, car la haute couture ne présente pas le coeur du marché du luxe actuel.
L’héritage Schiaparelli est convoqué. Mais souvent comme justification culturelle d’une stratégie médiatique déjà très consciente d’elle-même. Une logique particulièrement efficace puisque les photographies des stars conviées, Teyana Taylor en tête, font déjà le tour des réseaux.
Schiaparelli : une maison qui sait cultiver son impact média
“The Agony and the Ecstasy” illustre donc une mutation centrale de la couture. Elle n’est plus seulement une discipline artisanale, mais une industrie de l’image à haute intensité symbolique. Et Schiaparelli maîtrise parfaitement ce registre. La narration est claire, l’esthétique cohérente, l’impact immédiat, taillé pour la viralité sur les réseaux sociaux.
La question n’est donc pas celle de la réussite de la collection, mais plutôt celle de la profondeur. Jusqu’où cette couture-image peut-elle continuer à produire du sens sans se répéter ?
