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Recul des ventes, pression sur les marges, mais génération de cash record et bilan renforcé : les résultats 2025 de LVMH marquent un tournant. Plus qu’un ralentissement, le leader mondial du luxe opère une inflexion stratégique. Décryptage d’une gouvernance économique qui prépare 2026 sur le temps long.
Des résultats 2025 en repli, mais loin d’un signal d’alerte
LVMH a publié le 27 janvier 2026 ses résultats annuels pour 2025. À première lecture, les chiffres traduisent une année moins favorable que les précédentes.
Le groupe réalise 80,8 milliards d’euros de ventes, en baisse de 5 % en données publiées et de 1 % en organique par rapport à 2024. Le résultat opérationnel courant s’établit à 17,8 milliards d’euros, contre 19,6 milliards un an plus tôt. Ce qui fait ressortir une marge opérationnelle de 22 %. Le résultat net part du Groupe recule à 10,9 milliards d’euros.
Pourtant, un indicateur clé change la lecture globale. En effet, le le cash-flow disponible atteint 11,3 milliards d’euros, en hausse de 8 %. Autre signal important : la dette financière nette baisse de 26 %. Autrement dit, LVMH gagne moins, mais génère plus de cash et se désendette fortement.
Une croissance organique faible, mais en amélioration en fin d’année
Sur le second semestre 2025, la croissance organique atteint +1 %, identique aux troisième et quatrième trimestres. Ce chiffre confirme donc la stabilisation de l’activité après plusieurs trimestres de ralentissement.
Il est d’autant plus important que LVMH opère dans un contexte défavorable. Le groupe fait face aux tensions géopolitiques, incertitudes économiques et à la volatilité des devises. Autre élément déterminant : la normalisation des comportements d’achats après la progression exceptionnelle des ventes post-covid.
Pour la gouvernance du groupe, le message est clair. Le point bas conjoncturel semble passé. Mais le retour à une forte croissance n’est pas l’objectif prioritaire à court terme.
Un luxe désormais porté par la demande locale, plus que par le tourisme
La géographie des ventes illustre un changement structurel.
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États-Unis : en hausse, soutenus par une demande locale solide.
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Europe : en recul au second semestre.
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Japon : en baisse logique après une année 2024 dopée par l’afflux touristique lié à la faiblesse du yen.
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Asie hors Japon : amélioration sensible et retour à la croissance sur la seconde partie de l’année.
LVMH passe ainsi d’un luxe très dépendant des flux touristiques à un luxe ancré dans la consommation domestique. Or cette dernière est plus résiliente, mais aussi plus exigeante en matière de désirabilité et de valeur perçue.
Des performances très contrastées selon les divisions
Vins & Spiritueux : la fin d’un cycle exceptionnel
Les ventes reculent de 5 % en organique, et le résultat opérationnel chute de 25 %. Le champagne résiste, mais le cognac souffre d’une demande plus faible. Cette dernière est notamment pénalisée par les tensions commerciales en Chine et aux États-Unis. LVMH assume ici une logique de temps long. Le groupe vise le maintien des parts de marché.
Mode & Maroquinerie : le cœur du modèle reste intact
Avec 37,8 milliards d’euros de ventes, l’activité recule de 5 % en organique, mais conserve une marge opérationnelle exceptionnelle de 35 %.
La baisse s’explique principalement par un effet de base défavorable après une année 2024 portée par le tourisme. La demande locale, elle, reste solide. Pour LVMH, la priorité n’est donc pas d’accélérer à tout prix, mais de préserver la rareté et la valeur de ses maisons.
Parfums & Cosmétiques : stabilité et amélioration de la rentabilité
Les ventes sont stables en organique, tandis que le résultat opérationnel progresse de 8 %. La division bénéficie d’une innovation maîtrisée et d’une distribution très sélective. Dior confirme d’ailleurs son rôle de locomotive mondiale. Cette activité illustre donc une stratégie claire : moins de volume, plus de cohérence de marque.
Montres & Joaillerie : la créativité comme moteur
Avec une croissance organique de 3 %, la division résiste bien dans un marché exigeant. Tiffany & Co. poursuit son chantier de rénovation de son réseau retail. LVMH souhaite donc fidéliser sa clientèle avec des points de contact plus performants. Et en parallèle, la maison renforce son leadership grâce à ses lignes iconiques. LE communique de LVMH précise aussi que Bulgari signe une nouvelle année record en haute joaillerie.
Même si le résultat opérationnel recule légèrement (-2 %), le groupe consolide donc son positionnement patrimonial et créatif.
Distribution sélective : le pilier stratégique de 2025
C’est la division la plus performante de l’année. Les ventes progressent de 4 % en organique, le résultat opérationnel bondit de 28 %, et la marge atteint 9,7 %.
Sephora confirme son leadership mondial grâce à une stratégie omnicanale efficace, une offre de marques différenciante et une forte expansion du réseau. DFS, de son côté, améliore fortement sa rentabilité. Son premier mouvement stratégique de 2026 concerne la zone clé de l’Asie. Un accord vient ainsi d’être signé en janvier entre DFS et China Tourism Group Duty Free pour l’acquisition des activités de DFS en Grande Chine. La cession concerne notamment les Gallerias de Hong Kong et Macao.
Ce qui se joue réellement pour LVMH en 2026
Au-delà des chiffres, les résultats 2025 racontent une stratégie de gouvernance claire. Certes, LVMH accepte une croissance plus modérée. Mais le groupe protège ainsi ses marges structurelles dans des divisions clés. Son désendettement massif va aussi renforcer sa capacité d’investissement. Un élément qui tend à sécuriser son bilan financier.
En 2026, l’objectif de LVMH n’est donc pas d’initier une stratégie de relance. Mais le groupe doit conserver sa discipline pour consolider un nouveau modèle de croissance. Un modèle spectaculaire mais aussi moins dépendant des cycles, donc plus robuste. Pour LVMH, 2026 sera donc moins une année de transition qu’une continuité stratégique assumée.
