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Saks Global : de l’ascension à la faillite
C’était en juillet 2024. Saks Global se formait avec l’acquisition de Neiman Marcus, racheté pour 2,7 milliards de dollars. Le nouveau champion du luxe américain combinait alors plusieurs enseignes iconiques : Saks Fifth Avenue, Bergdorf Goodman et Neiman Marcus. Un trio d’or qui a pourtant soulevé de nombreuses craintes dès le début. Car le financement de ce rapprochement a reposé sur une forte dette : environ 2,2 milliards de dollars.
Dès la fin 2025, les signaux d’alerte étaient visibles. Une perte trimestrielle nette de 288 millions de dollars. Et en parallèle une chute de chiffre d’affaires de plus de 13% au second semestre. Enfin, Saks Global a été confronté à un défaut de paiement d’intérêts de plus de 100 millions de dollars sur la dette liée à l’acquisition.
Un défaut qui a déclenché une réaction en chaine désastreuse. Retrait de crédits des financiers, rupture de confiance des fournisseurs (certains, comme Chanel, ont interrompu les livraisons). Et enfin une chute de valeur des obligations.
Le 14 janvier 2026, l’entreprise a donc déposé une demande de mise sous protection devant le tribunal des faillites du Texas. Une action qui garantit toutefois le maintien de l’activité grâce à un financier de 1,75 milliard de dollars accordé par un pool de financiers. Et pour piloter cette phase de crise, Saks Global a nommé un nouveau CEO : Geoffroy van Raemdonck, ancien CEO de Neiman Marcus.
Un mouvement de fond : la chute des grands magasins
L’essoufflement des grands magasins dépasse le seul cas de Saks Global. Il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais de l’aboutissement d’un changement structurel du retail occidental.
Aux Etats-Unis, Macy’s a annoncé depuis 2024 la fermeture progressive de 150 points de vente d’ici 2026. Il s’agit d’une stratégie de rationalisation du réseau retail de l’un des plus grandes réseaux de grands magasins. Or, le recentrage sur des segments plus rentables, comme Bloomingdale’s, est devenu urgent.
D’autres acteurs historiques n’ont pas réussi à s’adapter à temps. En juin 2025, l’enseigne canadienne Hudson’s Bay Company a dû liquider tous ses magasins. Ce qui a marqué la fin d’une chaîne de boutiques qui avait été établie en 1670, par charte du roi Charles II d’Angleterre.
Après le rebond post-pandémique, l’essoufflement des grands magasins s’installe dans la durée. La perte de trafic est visible depuis 2023. Et la croissance reste incertaine pour 2026.
Cette mutation n’est d’ailleurs pas seulement quantitative. Car elle traduit aussi un changement de rôle des grands magasins. Autrefois essentielles pour l’expérience d’achat et la découverte des marques, ils sont désormais challengés par des parcours clients omnicanaux, plus flexibles et personnalisés.
Quel impact pour les maisons de luxe ? Repenser le retail
Pour les maisons de luxe, la fragilisation des réseaux multi-marques pose un double problème : financier et stratégique.
Sur le plan financier, la dépendance à des distributeurs en difficulté expose les marques à des risques de créances irrécupérables. Dans le cas de Saks Global, certaines maisons figurent parmi les principaux créditeurs non garantis : Chanel (~136 millions de dollars), Kering (~60 millions) ou encore LVMH (~26 millions).
Mais l’enjeu clé réside dans la maîtrise de l’expérience client. Le luxe contemporain repose de plus en plus sur la collecte de données. Les clients attendent des interactions personnalisées ainsi qu’une forte cohérence narrative, quel que soit le point de contact avec la marque. Les grands magasins, avec leurs assortiments hétérogènes et une relation client diluée, apparaissent désormais comme un canal secondaire. Pire : comme un risque pour les marques de luxe.
C’est pourquoi on a observé un accroissement des investissements dans le DtC de luxe en 2025. Les maisons multiplient les ouvertures de boutiques en propres. Elles parient aussi sur le e-commerce, à l’instar de Pierre Cardin qui a ouvert son site fin 2025. L’année 2026 devrait donc entériner un peu plus la mise à distance entre grands magasins et maisons de luxe.
2026 aux Etats-Unis : un marché clé où les maisons ont déjà anticipé la transition
En 2026, les Etats-Unis demeurent l’un des marchés les plus importants pour le luxe mondial. Et les marques n’ont pas attendu la faillite de Saks Global pour adapter leurs stratégies retail.
En effet, si les maisons ne peuvent plus compter sur Saks, Neiman Marcus et Bergdorf Goodman comme portes d’entrée sur le marché, elles doivent trouver une alternative. Leur meilleure option ? Renforcer leur présence en propre.
Dès juin 2025, Boucheron a ouvert sa boutique à Los Angeles. Et sur la fin d’année, les ouvertures américaines se sont accélérées : Bulgari et Dior sur Rodeo Drive (Los Angeles) en novembre. Puis Bottega Veneta a inauguré son nouveau magasin à New York en décembre.
Ces ouvertures ne relèvent pas d’une simple stratégie d’expansion. Il s’agit en fait d’une réallocation du pouvoir de distribution. Elles traduisent une conviction désormais largement partagée : sur un marché aussi stratégique que les Etats-Unis, le luxe ne peut plus reposer sur des intermédiaires dont la solidité financière et la capacité d’innovation ne sont plus garanties.
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