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Présentée dans un climat global marqué par l’incertitude économique et la fatigue visuelle du luxe démonstratif, la collection automne-hiver 2026 d’Emporio Armani propose une réponse ouvertement défensive. Le vestiaire est conçu pour durer, pour rassurer la clientèle historique. Mais aussi pour réaffirmer la pertinence de l’offre Emporio Armani, le vestiaire premium qui sert de porte d’entrée à l’univers Armani.
Une couture de mouvement plus que de posture
Sans réelle surprise, la nouvelle collection s’inscrit dans la continuité du tailoring souple qui a fait la réputation d’Armani. Toutefois, dès les premières silhouettes on remarque une volonté de se détourner vers une logique moins statutaire au profit d’un vestiaire plus fonctionnel. Ainsi, les manteaux se font plus enveloppants. Les pantalons amples et les vestes aux épaules relâchées dessinent une silhouette qui ne cherche plus à imposer une autorité visuelle. Mais qui incarnent plutôt un volume rassurant et protecteur.
Quelques moments plus spectaculaires émergent néanmoins, notamment avec les robes frangées à la fluidité subtilement glamour. Autre moment fort : les manteaux de fourrure aux volumes assumés, avec un travail sur la couleur qui introduit une tension visuelle mesurée.
Encore une fois depuis le décès de Giorgio Armani, la maison utilise les nouvelles collections pour démontrer sa capacité de continuité. Avec un détail inédit dans cette collection Emporio Armani, qui se permet d’introduire plus de nouveautés que les collections Giorgio Armani.

Une narration alignée avec la réalité 2026
Dans un paysage saturé de propositions nostalgiques ou hyper-spectaculaires, Emporio choisit la voie du pragmatisme esthétique. Il n’est pas question ici de faire vivre la maison sur une simple récriture des archives Armani.
Certes, on retrouve des éléments structurants de l’ADN Armani, à commencer par la palette de couleurs minérales et le travail sur les volumes. Toutefois, la collection propose de relire ces fondamentaux à la lumière d’une époque marquée par un réel instable et inquiétant. Elle offre donc un équilibre bien pensé entre besoin de discrétion et de prudence, et l’envie de renouer avec une forme plus spontanée de plaisir couture.
Cette orientation est particulièrement visible dans la façon dont le vestiaire se structure entre les manteaux volumineux qui cachent le corps et la palette neutre qui agit comme un camouflage social. Emporio Armani ne se positionne donc pas comme une proposition qui vend du rêve à la clientèle de luxe. En revanche, la maison réaffirme clairement sa capacité à comprendre les attentes et à accompagner le réel.

Un équilibre maîtrisé entre désir et performance
Ce réajustement de la proposition esthétique souligne bien à quel point la collection Emporio Armani est plus stratégique que jamais au sein de la marque. Officiellement, Armani n’a toujours pas nommé de directeur artistique. Et pour l’instant, ce sont les talents internes qui dirigent la phase d’adaptation de la maison suite au décès de son fondateur.
Le manque de prise de risque des collections Giorgio Armani offre un contraste saisissant avec le repositionnement, subtil mais efficace, de cette collection Emporio. La ligne Emporio, qui sert de clé d’entrée dans l’univers de la maison, coche ici tous les fondamentaux business. Car on y retrouve des silhouettes à la portabilité indiscutable ainsi qu’une grande lisibilité pensée pour le retail.
La mise en scène du défilé, avec un nombre record d’une centaine de mannequins, installe une dimension de spectacle subtile. Et elle réaffirme ouvertement la place prépondérante que la maison entend garder sur la scène de la mode mondiale.
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