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Si le dîner de Gala du Met est principalement une soirée mondaine couverte par la presse mode, il s’agit aussi d’un évènement médiatique adossé à de vrais enjeux business. La preuve : chaque année, la manière dont les maisons de luxe se mobilisent autour de cet évènement. Et à l’instar du tapis rouge du Festival de Cannes ou des Oscars, la visibilité gagnée lors de cette soirée peut avoir des retombées bien concrètes sur la désirabilité d’une marque. Certes, le ROI reste difficile à calculer. Pourtant, le luxe continue de tirer parti de cette super-exposition médiatique. A un détail près : cette année, les grandes maisons patrimoniales sont font ouvertement challenger.
Quelles étaient les maisons de luxe les plus représentées en 2026 ?
Pour cette édition 2026 du Gala du Met, les maisons patrimoniales européennes ont encore une fois assuré une forte présence. Le classement du nombre de célébrités habillées pour l’occasion donne un bon indicateur des maisons qui investissent fortement dans leur visibilité :
- Prada : 10
- Thom Browne : 10
- Chanel : 9
- Valentino : 9
- Prabal Gurung : 9
- Saint Laurent : 9
- Dior : 8
- Michael Kors : 8
- Robert Wun : 7
- Balenciaga : 5
- Marc Jacobs : 4
- Louis Vuitton : 4
- Burberry : 3
- Stella McCartney : 3
- Miu Miu : 2
- Ralph Lauren : 2
- Schiaparelli : 2
- Alexander McQueen : 2
A noter que Saint Laurent était cette l’un des partenaires officiels de l’évènement. Et que Chanel, encore une fois, a été choisie pour habiller Anna Wintour, qui préside la soirée.
Une hiérarchie claire
Le nombre de personnalités habillées pour la soirée du Gala du Met est un marqueur stratégique. Il permet de comprendre de quelle manière les maisons affinent leur image via leurs ambassadeurs. Mais aussi les ambitions qu’elles veulent porter sur le marché américain en s’assurant une forte visibilité.
Ainsi, on retrouve sans surprise Prada, Chanel, Valentino, Saint Laurent, Dior et Balenciaga parmi les maisons les plus visibles. D’autre part, Miu Miu habillait « seulement » deux personnalités, ce qui a laissé le champ libre pour Prada de confirmer la hiérarchie au sein du groupe Prada. Et malgré ses excellents résultats financiers, il n’est pas question que Miu Miu éclipse sa grande sœur Prada.
Plus surprenant, la sous-représentation voire l’absence de certaines maisons. Avec quatre personnalités habillées, Louis Vuitton assure une présence pour le moins discrète dans cette édition 2026. La Maison Schiaparelli, pourtant très prisée sur les tapis rouges, n’habillait elle aussi que deux actrices pour l’occasion. Et enfin, si Gucci s’est fait remarqué avec la robe au corset nude complétée d’une cascade de plumes noires, la maison n’a assuré qu’une présence très modeste. Un choix qui interroge alors que Gucci doit prochainement présenter son défilé croisière aux Etats-Unis. Une visibilité plus remarquée au Gala du Met aurait été un bon teaser pour ce moment à fort enjeu commercial.
Les challengers américains
Si les maisons européennes ont réussi une belle opération de communication, les marques américaines ne sont pourtant pas en reste. Ainsi, Thom Browne arrache la seconde place du classement des maisons les plus représentées. Et Prabal Gurung s’assure une place dans le top 5, devant Dior. Michael Kors, Marc Jacobs et Ralph Lauren sont également présents parmi les maisons les plus visibles, bien que de façon plus modeste.
Et il s’agit là d’un enjeu récurrent sur le tapis rouge du Gala du Met. Porter un créateur américain ou la tenue d’une maison européenne ? Si ce choix est laissé à l’appréciation des stylistes des stars, il s’agit aussi de mesurer la capacité des marques américaines à résister à la domination économique du luxe européen. Or, la performance de Thom Browne et Prabal Gurung, deux maisons d’à peine une vingtaine d’années d’existence, est un signal d’alerte pour les maisons patrimoniales. Car elles sont désormais ouvertement challengées par des marques plus jeunes, plus offensives, et en quête d’une légitimité médiatique pour consolider leur conquête.
Gap et Zara : les invités qui défient le luxe
Mais les marques américaines ne sont pas les seules à vouloir bousculer l’ordre établi. Et les maisons européennes ont dû aussi côtoyer des acteurs pourtant éloignés de la sphère du luxe : Gap et Zara.
Zac Posen et GapStudio ont notamment habillé Kendall Jenner d’une robe inspirée par la Victoire de Samothrace. Le designer américain a également imaginé un costume Bleu Klein pour Russell Westbrook. Gap s’était déjà offert un coup d’éclat lors de la dernière Fashion Week de New York en présentant une robe sirène en partenariat avec la chaîne de cafés Starbucks. La logique derrière ces apparitions ? Nourrir l’image de marque en réaffirmant la force de sa proposition esthétique. Une question de crédibilité alors que la marque américaine espère bien retrouver une position de leadership sur le marché du prêt-à-porter.
Est-ce la même logique qui explique la présence de Zara au Gala du Met cette année ? La marque espagnole de fast-fashion surfe sur un véritable Momentum aux Etats-Unis. Elle avait déjà habillé le chanteur Bad Bunny pour son concert à la mi-temps du dernier Super Bowl. Une prestation très remarquée, qui avait permis à Zara de s’adosser à un rendez-vous hyper-médiatisé. Dans la foulée, la marque a signé un contrat avec le styliste John Galliano, désormais chargé de revisiter les archives Zara.
Pour sa première création, Galliano a habillé la chanteuse Stevie Nicks d’une robe Zara à crinoline. Une proposition remarquée et commentée, mais dont l’absence de réel savoir-faire (coupe déjà vue, volume poussif, manque de broderies ou autres éléments travaillés) souffre de la comparaison avec les véritables maisons de couture. Si Zara peut se targuer d’être représentée à l’évènement mode le plus suivi de l’année, reste à savoir comment elle compte vraiment utiliser cette visibilité dans sa stratégie commerciale.
La plus grosse surprise du Gala du Met 2026 : Robert Wun
C’est l’un des créateurs les plus suivis lors des défilés haute couture à Paris, et il a brillé sur le tapis rouge. Robert Wun est peut-être le plus grand gagnant de cette soirée. Au total, ce sont sept tenus signées par le créateur d’origine hong-kongaise qui ont foulé le tapis rouge. Parmi elles : la robe blanche portée par Lisa, chanteuse des Blackpink. Une silhouette spectaculaire et brodée de 66 960 cristaux Swarovski.
Le créateur indépendant profite ici d’une véritable accélération de sa visibilité à l’international. Et un tel positionnement confirme l’intérêt pour les jeunes marques d’être présentes en 2026 aux Etats-Unis, qui restent le premier marché du luxe mondial.
