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Prada présentait hier sa collection de prêt-à-porter féminin automne-hiver 2026. Et la maison l’a fait dans un contexte peu favorable. Car en 2025, c’est Miu Miu, la maison petite sœur, qui a soutenu la croissance du groupe Prada. En 2026, la maison phare doit donc retrouver son territoire d’autorité. Et cette collection a donc valeur de test. De fait, elle marque un retour au vêtement comme outil de positionnement plutôt que comme objet de désir immédiat. Et elle replace Prada dans sa singularité d’origine. Celle d’une maison qui assume une certaine forme d’opacité dans sa proposition esthétique.
Une couture de protection plus que de séduction
La collection automne-hiver 2026 propose une silhouette construite autour d’un principe simple : protéger sans disparaître. Ainsi les manteaux cocons de remarquent immédiatement. De même que les parkas techniques et les autres superpositions fonctionnelles qui enveloppent le corps, sans pour autant l’effacer complètement. À l’inverse, les jupes fendues, les crop-tops et les jeux de textures introduisent des ruptures qui empêchent toute lecture trop univoque.
On retrouve ici le pur esprit de la couture Prada. Avec un vestiaire construit en tension, fondé sur une silhouette volontairement instable. La coupe ne se veut pas radicale. En revanche, elle réaffirme la relation étroite entre volume du vêtement et exposition du corps. Et cette oscillation permanente entre contrôle et vulnérabilité structure toute la posture de cette collection.

Prada et le luxe intellectuel, version 2026
En pleine zone de turbulences, Prada réactive donc son ADN intellectuel. Miuccia Prada et Raf Simons évitent soigneusement toute lisibilité trop immédiate. À la place, le duo de créateurs propose une féminité fonctionnelle, et même presque défensive. Ce positionnement trouve une résonance particulière en 2026, dans un paysage culturel marqué par une méfiance croissante envers la couture spectacle.
Mais si la collection reste bien ancrée dans une proposition intellectuelle, elle n’est pas non plus complètement hermétique. Ainsi le vestiaire se structure clairement autour d’une femme citadine. Et la proposition s’articule logiquement entre daywear et robes plus habillées. Un luxe intellectuel oui, mais avec une opacité maîtrisée pour ne pas non plus aliéner la clientèle.

Une stratégie d’image avant tout
Sur le plan commercial, il est légitime de se demander si la collection est réellement conçue pour générer un succès commercial instantané. Elle comporte peu de pièces évidentes, et peu d’éléments signatures exploitables. A noter toutefois la présence récurrent des accessoires (lunettes, écharpes et la maroquinerie), une catégorie de produit levier de chiffre d’affaires.
Au-delà de la performance commercial à court terme, Prada réaffirme ici sa place singulière dans le luxe actuel. Une marque dont la désirabilité se fonde sur un actif stratégique rare : une intégrité esthétique qui résiste au cycle des tendances. En renforçant son rôle d’interprète culturel plutôt que de producteur de mode, Prada consolide donc un territoire que peu de maisons occupent encore. Celui d’un luxe ouvertement assertif et clivant.
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