À l’heure où la haute couture oscille entre démonstration de savoir-faire et stratégie d’image, certains créateurs choisissent un autre registre : celui du récit. Le défilé Printemps-Été 2026 de Robert Wun s’inscrit dans cette lignée, transformant le podium en scène mentale.
Le cinéma mental de Robert Wun
Ce défilé Robert Wun fonctionne comme une suite de plans-séquences. Chaque silhouette est construite comme un personnage, presque un archétype. On retrouve : la veuve, la prêtresse, l’ombre, la figure spectrale, la femme-fétiche, la mariée funéraire. Les fonds de ciel, d’orage, de crépuscule ou d’horizon incandescent agissent comme des décors de cinéma. Il ne s’agit pas d’une mode décorative mais de la mise en scène d’états psychiques.
La couture devient ici un médium narratif. Les volumes dramatiques, tailles corsetées, jupes architecturales et capes qui prolongent le corps sont automatiquement mémorisables. Les visages masqués ou contraints renforcent l’idée d’un théâtre intérieur. Le vêtement n’habille pas, il incarne.

Cohérence d’un univers couture
L’univers est remarquablement cohérent, notamment la palette restreinte mais symbolique (ivoire, noir, rouge sang, or, bleu électrique). Les codes reviennent comme des leitmotivs : couvre-chefs sculpturaux, silhouettes allongées, tension entre rigidité et fluidité.
Le rapport à la peur est central dans la couture de Robert Wun. Peur du regard, peur de l’exposition, peur du corps social. Les masques, visières, cagoules couture suggèrent protection et mise à distance. L’intime est présent dans la manière dont les silhouettes semblent refermées sur elles-mêmes, presque retranchées. Le fantasme surgit dans l’exagération des proportions et dans l’aspect quasi rituel de certaines tenues.

Au-delà du choc visuel : la maturation d’une jeune maison
Le choc visuel est réel. Et pourtant, il n’a rien de gratuit. Au contraire : il sert un langage. Le risque pour une jeune maison est de devenir prisonnière d’une image forte, mais qui, paradoxalement, peut vite s’appauvrir. Ou se répéter jusqu’à ne plus avoir de sens.
Ici, le potentiel de maturation réside dans la capacité à traduire cette narration en vocabulaire durable : techniques, coupes, signatures reconnaissables au-delà du spectaculaire. Le défilé montre déjà des codes identifiables (travail du buste, dramatisation des hanches, couture sculpturale). S’ils se stabilisent, ils peuvent devenir un ADN. La longévité de Robert Wun dépendra donc de sa capacité à faire évoluer ce cinéma intérieur vers des chapitres nouveaux sans perdre son intensité initiale.

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