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Giorgio Amani présentait hier à Milan son défilé Homme Hiver 2026. Il s’agit de la première collection depuis le décès du fondateur. Alors forcément, la maison était très scrutée. Ainsi, cette proposition de vestiaire masculin visait moins à répondre à un enjeu esthétique qu’à rassurer le monde du luxe. La maison milanaise joue sa survie créative. Et elle devait répondre à une question implicité : peut-elle vraiment exister sans Giorgio Armani ?
Une stratégie de mise en pause
En confiant la collection masculine à Leo Dell’Orco (bras droit et compagnon de Giorgio Armani), la maison a fait un choix clair : gagner du temps.
Ce défilé ne cherche ni à inaugurer une nouvelle ère ni à désigner un successeur implicite. Il affirme une chose : l’ADN Armani est intact. Et même sans figure créative incarnée publiquement, la maison peut poursuivre son chemin. Un signal fort adressé aux marchés, aux partenaires industriels ainsi qu’aux clients historiques. Et le sujet est loin d’être secondaire puisque l’avenir financier de la maison n’est toujours pas clarifié.

Une esthétique de la retenue au service de la communication de marque
Leo Dell’Orco déploie une vestiaire d’une sobriété attendue. Les volumes souples, les matières feutrées et la palette minérale composent une silhouette apaisée. Le style Armani se retrouve immédiatement.
Un style qui transcende d’ailleurs la question du jour, comme le prouve la présence d’une douzaine de silhouettes féminines. Un point central, qui dépasse largement la question de la mode non genrée. Car ici, le féminin est volontairement mis en avant. Les modèles féminines sont habillées à l’instar des modèles masculins. Et cette mise à l’honneur de la femme évoque forcément le fait qu’aucun directeur artistique n’a été nommé pour les collections Femmes.
Il s’agit donc d’un geste lourd de sens qui insiste sur une forme assumée de continuité. La maison joue la sécurité en s’alignant avec les fondamentaux esthétiques Armani. Cette collection neutralise volontairement tout risque créatif qui pourrait être vu comme une décision irréversible.

La lecture stratégiques derrière cette collection
Armani est plus une culture qu’un créateur iconique. Et c’est le cœur narratif de cette collection masculine. Ce défilé vient de le prouver : le style Armani peut être exécuté sans Giorgio car il a été clairement codifié. Pour l’instant, la maison refuse la logique d’un nouveau directeur star. Et contrairement à d’autres marques, Armani ne semble pas encline à chercher le choc médiatique ou la rupture stylistique post-décès du fondateur. S’agit-il d’une réponse aux nombreuses spéculations qui ont couru ces derniers mois sur une éventuelle arrivée d’Hedi Slimane chez Armani ?

La continuité est ici un outil de survie pour une maison qui n’a pas encore tranché la stratégie à adopter pour son avenir créatif. Et ce défilé masculin était moins un choix esthétique qu’une démonstration de stabilité dans une phase de transition critique. Ce pari est compréhensif. Mais il ne peut être que temporaire. La vraie question n’est pas de savoir si Armani peut poursuivre sans son fondateur. Elle vient d’en donner la preuve. Toutefois, combien de temps pourra-t-elle survivre sans redéfinir une autorité créative claire ?
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