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À la veille de la Fashion Week masculine de Milan, l’industrie du luxe observe une dynamique inédite. En effet, la mode masculine devient un véritable enjeu stratégique et financier. Et la compétition entre Milan et Paris s’intensifie un peu plus. Car cette rivalité ne se joue plus seulement sur le plan créatif. L’enjeu est désormais de capter des parts de marché sur le segment porteur de la mode masculine de luxe. Un marché appelé à connaître une forte croissance en 2026.
Milan : l’expertise historique du menswear
L’Italie conserve une longueur d’avance dans l’univers du menswear de luxe, portée par des événements emblématiques comme Pitti Uomo et la Fashion Week milanaise. Les marques italiennes s’appuient à un héritage centré sur le tailoring et le prêt-à-porter masculin. De plus, elles bénéficient d’un réseau de vente dense et performant. Les commandes des détaillants italiens pour 2025 confirment cette traction : +33% de volume de ventes sur le premier semestre, d’après Joor Data. Et la tendance devrait se poursuivre en 2026.
Les maisons italiennes captent une clientèle masculine sensible à l’exclusivité et à la qualité artisanale. Cette position historique leur offre un avantage non négligeable. Car leurs collections masculines sont déjà fortement identifiées. Elles constituent donc un outil puissant pour renforcer leur visibilité et leur crédibilité auprès des consommateurs asiatiques et américains.
Paris : la puissance des marques patrimoniales
Pour les maisons françaises, le menswear a longtemps été pensé comme un segment complémentaire, voire quelque peu anecdotique, de leur activité. Le bon point : la mode masculine relève le plus souvent d’une stratégie globale. Et le vestiaire masculin tend à se coordonner à la mode féminine, à l’instar du travail d’Anthony Vaccarello chez Saint Laurent. Pour d’autres maisons, comme Louis Vuitton ou Hermès, la pertinence des collections masculines s’est construite en s’adossant à la légitimité de la maison. Elles ont ensuite construit leur identité propre dans le paysage couture.
La Fashion Week masculine de Paris profite aussi du calendrier. En étant programmé juste après Milan, elle capitalise sur l’élan médiatique initié par Milan. Et les maisons françaises peuvent ainsi affirmer leur identité tout en profitant d’une exposition média maximale. Un temps fort qui met en valeur l’expérimentation stylistique de Paris comme avantage concurrentiel face à Milan.
Les maisons françaises jouent donc sur leurs forces. Une visibilité mondiale, des campagnes marketing omnicanales, et une capacité à fédérer des communautés masculines autour du brand content. Cette démonstration de force a notamment permis de bien lancer Jonathan Anderson dans son rôle de nouveau DA de Dior. Il a présenté sa première collection lors de la Mensweek 2025. Un choix pertinent pour profiter du rayonnement parisien dans la mode masculine avant d’affronter la compétition plus marquée du womenswear.
Mode masculine : une compétition qui dépasse le style
Le duel entre Paris et Milan pour le leardership sur la mode masculine dépasse largement le cadre esthétique. Il cristallise des enjeux financiers et marketing majeurs. Le marché mondial de la mode masculine de luxe pourrait atteindre 130 milliards de dollars en 2026. Soit une progression annuelle moyenne de 6% depuis 2022. Ce dynamisme est largement tiré par les marchés asiatiques, notamment la Chine, la Corée du Sud et le Japon. Des pays sur lesquels les marques de luxe comptent pour assurer la croissance de leurs ventes, tous segments produits confondus.
Mais la conquête n’est pas sans difficulté. En effet, les marges des collections masculines demeurent moins élevées que celles des segments féminins. Un fait qui s’explique tout simplement par des volumes de vente moins importants. Les maisons doivent repenser leurs modèles afin d’optimiser les coûts de production du menswear.
Mensweek de janvier 2026 : un indicateur de l’année à venir
Les Fashion Weeks masculines de Milan et Paris serviront de baromètres pour mesurer les tendances d’un marché encore en croissance. Vêtements d’intérieur, hybrides sport-luxe, sur-mesure digitalisé et expérimentation créative. Pour les maisons, l’objectif est clair : la croissance dans la mode masculine reposera sur une combinaison de stratégie produit ciblée. Mais aussi sur des investissements marketing intelligents et une fine compréhension des attentes de la clientèle masculine.
La mode masculine, longtemps perçue comme un levier secondaire, devient désormais un moteur stratégique. Et les récentes nominations d’ambassadeurs masculins chez Chanel, Dior et Boucheron, le prouvent déjà. L’année 2026 pourrait marquer un tournant décisif dans l’essor de la mode masculine. Et le vestiaire hommes pourrait bien servir de levier déterminant pour assurer le rebond financier des maisons de couture.
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