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La nomination de Pieter Mulier à la direction artistique de Versace marque un tournant décisif dans l’histoire récente de la maison italienne. Moins d’un an après son rachat, le groupe Prada envoie un message clair. Il ne s’agit pas seulement de préserver un patrimoine, mais de redéfinir en profondeur la trajectoire créative et commerciale de Versace. Ce choix, loin d’être anodin, soulève des enjeux majeurs de positionnement, de cohérence de marque et de gestion du capital culturel.
Une nomination à haute valeur stratégique
Jeudi 5 février, la maison Versace a annoncé officiellement l’arrivée de son nouveau directeur artistique. Et c’est donc Pieter Mulier qui succède à Dario Vitale. L’actuel directeur artistique de la maison Alaïa prendra ses fonctions en Italie dès le 1e juillet prochain.
Associer le nom de Pieter Mulier à Versace crée un contraste immédiat. Ancien bras droit de Raf Simons, Mulier incarne une vision du luxe fondée sur la rigueur, la retenue et une modernité conceptuelle assumée. À l’opposé, Versace s’est historiquement construite sur l’exubérance et la sensualité. Sans oublier un maximalisme revendiqué, profondément ancré dans l’imaginaire italien des années 1990.
Ce décalage n’est pas une erreur de casting. En effet, il constitue un acte stratégique. Car nn nommant un directeur artistique issu d’une culture minimaliste, Prada affirme sa volonté de reprendre la main sur l’ADN esthétique de Versace. Quitte à provoquer une rupture avec une partie de son héritage visuel. La question n’est donc pas de savoir si le changement sera perceptible, mais jusqu’où Prada est prêt à aller dans la transformation de Versace.
La vision d’un luxe intellectuel défendu par Prada
Difficile de ne pas lire cette décision à travers le prisme du luxe intellectuel défendu par Prada. Depuis plusieurs années, la maison Prada et Miu Miu ont démontré leur capacité à transformer une vision intellectuelle et parfois clivante en succès culturel et commercial, notamment auprès des nouvelles générations.
En ce sens, Versace pourrait devenir le prochain terrain d’expérimentation d’une stratégie déjà éprouvée. Il s’agit de repositionner une marque forte mais jugée trop littérale ou datée, pour en faire un objet de désir plus conceptuel, plus éditorial. Et donc mieux aligné avec les codes contemporains du luxe. Le risque est clair : à force de rationaliser et de “prada-iser” Versace, le groupe pourrait diluer ce qui faisait sa singularité émotionnelle.
Versace : préservation patrimoniale ou mutation assumée ?
Lors de l’acquisition, Prada insistait sur sa volonté de protéger l’héritage Versace. Aujourd’hui, la nomination de Pieter Mulier suggère une lecture différente du patrimoine : non pas une conservation figée, mais une matière à transformer. Cette approche peut séduire les marchés, les prescripteurs et une clientèle plus jeune. Mais elle pose une question centrale : la clientèle historique de Versace suivra-t-elle cette évolution ?
Transformer Versace en une sorte de “second Miu Miu”, plus pointu et plus mode-driven, peut renforcer la cohérence globale du portefeuille Prada. Mais cela implique aussi une reconfiguration fine de l’offre, du storytelling et du rapport au glamour. Un équilibre délicat, où la stratégie devra arbitrer entre désir de modernité et fidélité culturelle.
