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Après une année 2025 marquée par une forte contraction de ses ventes et de ses marges, Kering aborde 2026 avec un objectif clair : renouer avec la croissance et améliorer sa rentabilité. Derrière les chiffres en recul, le groupe a engagé une transformation stratégique profonde. Renforcement du bilan, discipline financière, repositionnement créatif : 2026 sera l’année de l’exécution.
Kering : des résultats financiers 2025 en net recul
Kering a publié le 10 février 2026 des résultats 2025 en forte baisse, reflétant la fragilité persistante de son moteur principal, Gucci, et un environnement toujours exigeant pour le luxe.
Le chiffre d’affaires s’établit à 14,7 milliards d’euros, en baisse de 13 % en données publiées et de 10 % en comparable. Le résultat opérationnel courant atteint 1,63 milliard d’euros, en recul de 33 %, faisant ressortir une marge opérationnelle de 11,1 %, contre 14,5 % en 2024. Le résultat net récurrent part du Groupe s’élève à 532 millions d’euros. Après éléments non courants liés aux restructurations, le résultat net publié ressort légèrement négatif (-29 millions d’euros).
Le quatrième trimestre montre toutefois une amélioration séquentielle : les ventes reculent de seulement 3 % en comparable, signe d’une stabilisation progressive.
Une rentabilité sous pression
La dégradation de la marge opérationnelle s’explique principalement par un phénomène classique : l’effet de levier opérationnel négatif. Quand les ventes reculent, les coûts fixes (boutiques, équipes, marketing, structure) pèsent davantage. Et la rentabilité se contracte mécaniquement.
En parallèle :
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le résultat financier est négatif (-594 millions d’euros),
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le taux d’imposition grimpe à 36,1 %,
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les restructurations pèsent sur le résultat net.
Un bilan renforcé pour restaurer la flexibilité stratégique
Pour autant, Kering n’a pas sacrifié sa discipline économique. E l’un des messages centraux de ces résultats réside précisément dans la structure financière.
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Endettement net réduit à 8 milliards d’euros, soit -2,5 milliards sur un an.
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Cash-flow libre opérationnel : 4,4 milliards d’euros
(2,3 milliards hors opérations immobilières, en baisse de 35 %).
La cession de Kering Beauté et les arbitrages immobiliers ont permis de consolider le bilan. Le groupe propose par ailleurs :
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un dividende ordinaire de 3 € par action
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un dividende exceptionnel de 1 € lié à la cession
Autrement dit, Kering sécurise son socle financier avant d’accélérer dans l’année à venir.
Gucci : la clé de l’équation 2026
Gucci demeure le cœur stratégique du groupe. En 2025 :
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6 milliards d’euros de chiffre d’affaires
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-19 % en comparable
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une marge opérationnelle ramenée à 16,1 %
Le réseau en propre, qui représente 92 % des ventes, recule de 18 %. Le wholesale est volontairement réduit (-34 %) pour renforcer l’exclusivité. Le quatrième trimestre (-10 % comparable) montre un ralentissement de la baisse, soutenu par les nouvelles collections.
La priorité n’est plus l’expansion rapide mais la reconstruction du capital de marque. Car sans redressement durable de Gucci, il n’y aura pas de rebond structurel du groupe.
Yves Saint Laurent et Bottega Veneta : deux trajectoires contrastées
Yves Saint Laurent : stabilité et discipline
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Chiffre d’affaires : 2,6 milliards d’euros (-6 % comparable)
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Marge opérationnelle maintenue à 20 %
Malgré la baisse des ventes, la rentabilité est préservée grâce à une stricte maîtrise des coûts. Le quatrième trimestre est stable, avec une dynamique positive en Amérique du Nord et en Europe.
Yves Saint Laurent apparaît aujourd’hui comme la maison la plus équilibrée du portefeuille.
Bottega Veneta : la dynamique positive
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Chiffre d’affaires : 1,7 milliard d’euros (+3 % comparable)
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Marge : 15,6 % (+0,7 point)
Croissance du retail en propre, progression en Amérique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie : la maison italienne coche toutes les cases. Bottega Veneta confirme ainsi la pertinence de son repositionnement et sa discipline dans la distribution.
Les Autres Maisons : restructuration en cours
Le segment des Autres Maisons enregistre une perte opérationnelle de 112 millions d’euros. Balenciaga montre des signes d’amélioration en retail au quatrième trimestre. Alexander McQueen poursuit sa restructuration, malgré des pertes dont le chiffre n’est pas communiqué. En revanche, les maisons de joaillerie affichent des dynamiques plus favorables.
Ce pôle sera donc un chantier prioritaire pour restaurer la profitabilité globale de Kering en 2026.
Eyewear : un relais structurel rentable
C’est une division relativement discrète chez Kering. Et pourtant, Kering Eyewear poursuit sa progression :
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1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires (+3 % comparable)
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marge de 15,8 %
Moins exposée aux cycles créatifs, cette activité constitue un socle stable et générateur de cash. Un levier sur lequel le groupe devrait pouvoir compter en 2026.
2026 : l’année de l’exécution
Avec ces résultats financiers 2025, Kering n’a plus le choix. Le groupe doit amorcer le retour à la croissance et l’amélioration des marges dès 2026.
Le Capital Markets Day du 16 avril devra donc détailler :
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des stratégies de marque plus structurées
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une organisation plus agile
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et une discipline financière renforcée
L’enjeu de l’année à venir sera de concrétiser les promesses de relance. Et de capitaliser sur le narratif de relance installé chez Gucci depuis l’arrivée de Demna. A ce titre, les ventes du premier semestre 2026 seront un premier indicateur de l’adhésion de la clientèle.
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