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Le groupe Prada est à la croisée des chemins. Après avoir finalisé le rachat de Versace, une maison déficitaire, le groupe italien prépare 2026 comme une année de défi. Car derrière la résilience des résultats financiers 2025 se cachent en fait plusieurs fragilités structurelles que le groupe doit impérativement combler. Avec un objectif en ligne de mire : réussir le pari de devenir un vrai groupe de luxe émancipé du modèle mono-marque. Un changement de modèle qui n’est pas sans risque.
Des résultats solides dans un contexte devenu plus incertain
Pour l’exercice 2025, Prada publie des résultats financiers qui confirment sa capacité à résister à un environnement plus complexe pour le secteur du luxe. Ainsi, le groupe a réalisé 5,718 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en progression de 9 % à taux de change constants. Les ventes dans les boutiques du groupe continuent de représenter représentent l’essentiel de l’activité. Et elles atteignent 5,102 milliards d’euros, également en hausse de 9 %.
Ces performances prolongent une dynamique déjà bien installée. Prada enregistre désormais 20 trimestres consécutifs de croissance.
Dans un communiqué, le président du groupe Patrizio Bertelli a souligné que ces résultats ont été obtenus malgré un environnement plus difficile. “Nous sommes heureux d’annoncer une nouvelle année de résultats solides en 2025, avec une croissance saine et une rentabilité solide, obtenues dans un contexte macroéconomique et sectoriel difficile.”
La rentabilité reste également à un niveau élevé pour le secteur. En effet, la marge opérationnelle s’établit à 23,2 %, pour un résultat opérationnel de 1,324 milliard d’euros. Et le bénéfice net du groupe atteint 852 millions d’euros, en progression de 2 %.
Autre indicateur important : la génération de trésorerie reste robuste, avec 1,674 milliard d’euros de flux de trésorerie issus de l’activité. Cette solidité financière permet au groupe de poursuivre ses investissements, qui ont atteint 535 millions d’euros sur l’année. Un élément qui sera encore déterminant dans la construction de la réussite en 2026.
Miu Miu, un moteur spectaculaire de la croissance
Mais derrière ces résultats globaux se cache une réalité plus contrastée. Car la croissance du groupe est aujourd’hui largement portée par une seule marque. En 2025, Miu Miu a enregistré une progression spectaculaire de 35 % de ses ventes en boutique. Cette performance intervient après une année 2024 déjà exceptionnelle, où la marque avait progressé de 93 %. Même au dernier trimestre de l’année, malgré une base de comparaison très élevée, la marque a continué d’avancer avec une croissance de 20 %.
Comme le souligne le groupe, cette dynamique repose sur une combinaison de créativité et de résonance culturelle. “La créativité vibrante de la marque, dont le langage irrévérencieux continue d’offrir des portraits d’une féminité multifacette, a fasciné le public avec des campagnes et des défilés très remarqués.”
Cette performance confirme la place de Miu Miu comme l’un des phénomènes les plus marquants du luxe contemporain, tant sur le plan commercial que culturel.
Prada : une maison solide, mais en phase de stabilisation
La situation est plus nuancée pour la marque Prada elle-même. En 2025, les ventes en boutique de Prada reculent légèrement de 1 % sur l’année, même si la tendance s’améliore progressivement au fil des mois. Au quatrième trimestre, la marque repasse même en territoire positif avec une croissance de 0,4 %.
Le groupe insiste d’ailleurs sur la résilience de la maison historique. “Prada a démontré une bonne résilience sur la période, confirmant la solidité de son positionnement stratégique.” L’année a notamment été marquée par plusieurs initiatives destinées à renforcer l’expérience de marque et le réseau de boutiques. Au programme : nouvelles adresses à New York, Shanghai, Singapour ou encore Hong Kong.
Une croissance portée par les Amériques et le Moyen-Orient
La croissance du groupe s’appuie également sur des dynamiques régionales contrastées. Les deux marchés nord et sud américains enregistrent la progression la plus forte, avec une croissance de 18 %, portée par la demande locale. Mais e Moyen-Orient affiche également une performance solide à +15 %.
En Asie-Pacifique, la progression atteint 11 %, tandis que l’Europe progresse plus modestement de 5 %, dans un contexte marqué par un ralentissement du tourisme international. Le groupe souligne notamment que la consommation locale en Europe a été freinée par “une baisse du tourisme et des comparaisons élevées avec les années précédentes.”
Le Japon, de son côté, progresse mois vite avec +3 %, après une année 2024 particulièrement forte liée à l’afflux de visiteurs étrangers.
Versace : le pari stratégique qui change la dimension du groupe
Mais l’événement majeur de l’année reste l’acquisition de Versace, qui a été finalisée le 2 décembre 2025. Avec cette opération, le groupe Prada franchit une étape importante dans sa transformation. Et c’est un élément sur lequel Patrizio Bertelli a pris le temps de revenir. “L’acquisition de Versace marque une étape importante dans l’évolution stratégique du groupe, en ajoutant une marque très distinctive et complémentaire à notre portefeuille.”
En 2025, Versace a réalisé 684 millions d’euros de chiffre d’affaires. Mais la maison italienne reste aujourd’hui déficitaire. La direction du groupe prévient d’ailleurs que la transition prendra du temps. Donc en 2026, plusieurs facteurs devraient encore peser sur l’activité :
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un changement de direction créative avec l’arrivée annoncée de Pieter Mulier
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un repositionnement progressif de la distribution
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et une réduction des ventes à prix réduits
Le groupe indique clairement que cette transformation pourrait se traduire par une baisse temporaire des ventes. Versace devrait également continuer à enregistrer des pertes opérationnelles en 2026, d’un niveau comparable à celles de 2025.
Un nouveau modèle de groupe à construire
Au-delà des chiffres, cette acquisition marque un changement de modèle pour Prada. Historiquement, le groupe reposait principalement sur deux marques : Prada et Miu Miu. Avec Versace, la maison italienne entre dans une nouvelle phase, celle d’un groupe multi-marques. Pour Andrea Guerra, directeur général du groupe, cette transformation devra être menée avec prudence. “Ce nouveau chapitre exigera respect, attention et patience.”
L’objectif à long terme est clair : construire un portefeuille de marques capables de soutenir la croissance du groupe sur plusieurs décennies. Mais cette ambition s’accompagne d’un défi immédiat : absorber une maison en difficulté tout en maintenant la rentabilité du groupe. Et le groupe reconnaît d’ailleurs que l’intégration de Versace aura un impact direct sur sa rentabilité à court terme. “La consolidation de Versace aura un effet dilutif sur la marge opérationnelle du groupe en 2026.”
Dans ce contexte, Prada aborde l’année 2026 comme une période de transition stratégique. Une phase où le groupe devra à la fois préserver la dynamique de ses marques existantes et réussir l’intégration d’une maison emblématique, mais fragilisée.
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