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Pour sa première collection chez Fendi, Maria Grazia Chiuri ne cherche pas l’effet de rupture. Elle installe un cadre. Présenté dans un moment où le luxe redéfinit son rapport au statut et à la matérialité, le défilé automne-hiver 2026 pose les bases d’un vestiaire pensé pour durer, structuré autant par la silhouette que par les accessoires.
Une proposition couture construite dans le détail
Première observation : la collection repose sur une tension maîtrisée entre rigueur et sensualité. Le style de Maria Grazia Chiuri se retrouve immédiatement, avec un goût de l’épure sophistiquée. Les lignes sont nettes : costumes ajustés, jupes allongées, manteaux cadrés. Les transparences de dentelle comme les robes longues ne relâchent jamais totalement la structure.
Mais c’est dans les accessoires que la proposition prend toute son épaisseur. La maroquinerie est omniprésente. Ce qui n’a rien d’anecdotique dans une maison dont l’identité s’est aussi construite sur le cuir. Mais les sacs ne servent pas uniquement de ponctuation visuelle. Ils participent aussi à la verticalité de la silhouette et à son inscription dans le réel.
Plus inattendu, les écharpes deviennent un élément clé du vestiaire. Elles sont portées comme prolongement du vêtement, et introduisent du mouvement dans des silhouettes par ailleurs très contrôlées. Elles jouent un rôle de liant entre protection et expression.
Enfin, les cols-bijoux, posés au ras du cou, opèrent un glissement intéressant. Car ils rapprochent le vêtement du territoire de la joaillerie. Ce détail installe un dialogue direct entre couture et ornement, sans passer par la démonstration spectaculaire.
Le dernier point à retenir est la présence très marquée de la fourrure. Un choix assumé qui complète cette logique. Ici, la fourrure n’est pas décorative. Au contraire, elle construit le volume et affirme une matérialité assumée du luxe.

Une narration de marque en phase avec son époque
Dans un contexte où la discrétion et l’esthétique minimaliste montrent leurs limites, la collection Fendi propose une autre voie. Et Maria Grazia Chiuri préfère une présence affirmée, sans avoir toutefois recours à l’ostentation. La cliente imaginée ici n’est pas dans la projection ni dans la séduction immédiate. Elle occupe l’espace. Et le vêtement accompagne cette posture.
Les accessoires jouent un rôle central dans cette narration :
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la maroquinerie inscrit la silhouette dans l’usage
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l’écharpe introduit une dimension presque domestique et familière
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et le collier rappelle la permanence du bijou comme signe de statut
Ce trio dessine une féminité qui ne se situe ni dans la nostalgique, ni dans une couture conceptuelle. Mais plutôt une féminité qui compose avec la réalité contemporaine, dans laquelle le luxe doit à la fois signifier et justifier sa valeur.

Les enjeux commerciaux de la nouvelle ère Fendi
Au-delà de l’esthétique, la collection montre une compréhension fine des priorités économiques. La forte présence des sacs s’inscrit dans la continuité des moteurs de chiffre d’affaires du secteur. Les écharpes ouvrent un territoire produit plus accessible sans dilution du positionnement. Et les cols-bijoux créent un pont potentiel vers des développements en joaillerie ou en lignes hybrides. La fourrure, quant à elle, renforce la perception de valeur et de permanence dans un marché marqué par la volatilité des tendances.
L’ensemble de cette première collection compose donc une offre immédiatement exploitable en retail. Et surtout, elle démontre la capacité de Maria Grazia Chiuri à rationnaliser l’offre sans sacrifier la cohérence de marque. Avec son premier défilé pour Fendi, elle ne cherchait pas à surprendre. En revanche, elle a instauré des conditions favorables au lancement d’une nouvelle phase de conquête.
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