À quelques semaines de son prochain défilé parisien, Jonathan Anderson dévoile les premiers looks Dior Homme automne 2026. Plus qu’un teasing de collection, cette prise de parole pose les bases d’une nouvelle narration autour de l’Homme Dior, entre héritage réinterprété et déplacement assumé des codes masculins du luxe.
De l’Homme Dior moderne à l’Homme Dior narratif
Avec Hedi Slimane, Dior Homme avait trouvé au début des années 2000 une grammaire radicalement moderne. Une silhouette longiligne, urbaine, rock, qui a durablement influencé la mode masculine mondiale. Cette vision, fondée sur la ligne, la tension et la jeunesse, a inscrit Dior dans une contemporanéité claire. Et elle n’a cessé d’inspirer les générations suivantes, jusqu’à devenir à la mode en 2025.
Mais Jonathan Anderson opère un déplacement stratégique. Là où Slimane construisait une icône moderne, Anderson fabrique un récit. Du tweed Donegal, des fracs en denim, une veste Bar revisitée. Et même des références au XVIIIe siècle et des incursions médiévales composent un vestiaire volontairement hétérogène. L’Homme Dior n’est plus une silhouette, mais un personnage. Il joue avec les époques, les statuts et les registres culturels, du rococo au streetwear utilitaire.

Une vision pertinente pour le luxe masculin en 2026 ?
Cette approche de Jonathan Anderson est nourrie par un goût prononcé pour l’historicisme et l’iconoclasme. Et elle étend le champ narratif de la maison tout en prenant le risque d’une complexité accrue.
L’enjeu est clair. Dans un luxe masculin en quête de sens, Anderson propose une masculinité moins normative, plus émotionnelle, presque théâtrale. Denim traité comme en haute couture, chinos volontairement dégradés, polos de rugby intégrés au canon Dior. La silhouette se veut vivante, imparfaite et avant tout incarnée.

Reste la question de sa pertinence commerciale et culturelle à moyen terme. Cette vision, exigeante et référencée, parle avant tout à une clientèle initiée, sensible au récit plus qu’au statut. À l’heure où le luxe masculin oscille entre désir d’intemporalité et besoin de renouvellement, Dior fait donc un pari intellectuel fort.
Le lancement de ce look book, fin novembre 2025, précède de peu le défilé Dior Homme du 21 janvier à la Paris Menswear Week. Un timing stratégique. Car Anderson prépare le regard et installe son nouveau récit. À Dior désormais de prouver que cette nouvelle figure de l’Homme peut durer.
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