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Hermès présentait samedi le dernier défilé Homme de Véronique Nichanian. Après 37 ans à la tête du vestiaire masculin, la créatrice française tire sa révérence. Et elle laisse derrière un héritage difficilement mesurable, tant sur le plan esthétique que culturel. Car pendant près de quarante ans, elle aura été l’un des artisans de la conquête Hermès, en renforçant la légitimité couture d’une maison devenue référence mondiale du luxe.
Hermès Homme hiver 2026 : une esthétique de la continuité
D’emblée, la collection s’inscrit dans une continuité assumée. Et la dernière collection rappelle les fondamentaux esthétiques patiemment instaurés par Véronique Nichanian au cours de son long mandat chez Hermès.
Les volumes sont maîtrisés, jamais démonstratifs. Les manteaux longs, les cuirs souples, les superpositions fonctionnelles et la palette de couleurs composent le style Hermès immédiatement identifiable.
Le vestiaire est urbain, mais jamais ouvertement statutaire. Il parle de mouvement, de voyage, d’usage. La présence des sacs est volontairement limitée. Ils ne sont pas présentés comme de simples accessoires, mais plutôt comme des éléments intégrés au récit. Car chez Hermès, le cuir n’est pas un effet de style. C’est une matière culturelle qui évoque une mode habitée plutôt qu’idéalisée.
On retrouve aussi la sophistication discrète qui est la signature de Véronique Nichanian. Des cols hybrides, des doublures contrastées, des jeux de textures mates et brillantes. Le vêtement est pensé pour être fonctionnellement luxueux et ancré dans le réel.

L’homme Hermès, une figure du temps long
Cette ultime collection se lit comme un passage de relais sans rupture visible. L’homme Hermès reste une figure du temps long. Il ne suit pas la tendance, il la traverse. Une proposition presque à contre-courant du luxe masculin actuel, de plus en plus spectaculaire ou influencé par le streetwear.
La diversité des mannequins, sans jamais tomber dans le cliché, confirme l’évolution cosmopolite que la maison a connu sous le mandat de Nichanian. Hermès ne parle plus seulement à un homme européen idéalisé, mais à une clientèle internationale, mobile, multiculturelle, et souvent plus jeune. Pour autant, Hermès ne renonce jamais à ses codes.
C’est précisément là que Véronique Nichanian aura été déterminante. Elle a permis à Hermès de devenir une maison de mode crédible sans jamais renier son ADN d’artisan. Elle a installé un luxe masculin de la retenir, du confort et de l’intelligence stylistique. Une silhouette qui vieillit bien. Un enjeu clé pour une maison patrimoniale.

Après Nichanian : quels enjeux pour Grace Wales Bonner ?
Avec l’arrivée annoncée de Grace Wales Bonner en janvier 2027, Hermès entre dans une phase délicate. L’enjeu ne sera pas de “réinventer” le style Hermès, mais plutôt de faire évoluer un système de valeurs très codifié. Car Véronique Nichanian laisse un héritage autant culturel qu’esthétique. Elle a démontré qu’un directeur artistique peut construire un style sans ego visible, en laissant le produit et le savoir-faire parler à sa place.
Pour Grace Wales Bonner, le but ne sera pas de suivre strictement les traces de Véronique Nichanian. Car le contexte générationnel et médiatique a changé. Elle ne devra pas non plus prendre le risque d’instaurer une rupture franche. Car après tout, la valeur de Hermès repose avant tout sur la stabilité.

Plus pertinemment, l’enjeu sera d’ouvrir une troisième voie : celle d’une évolution douce mais marquée. Introduire de nouveaux récits, de nouvelles proportions, peut-être une sensualité différente, tout en respectant l’intemporalité Hermès.
L’enjeu principal pour la maison sera aussi narratif. Comment faire évoluer le vestiaire sans rompre le pacte de confiance construit sur près de quatre décennies ?
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